CHARLES, RIGAUDIN
aiGAUOIN.
Eh bieni monsieur Charles, voas voilà donc daDs le pays? Comment se porte votre respectable mattre, M. le comte de Sénange? Aspire-t-il toujours à être député, magistrat ou ministre? Sa femme fait-elle toujours des livres en style romantique? Mais comme vous voilà brave et bien vêtu! Vive cette bonne ville de Paris pour les jolis garçons qui vous ressemblent.
CHARLES
Et vous, monsieur Rigaudin, vous frottez-vous toujours les mains de plaisir quand on se querelle? Vous grattez- vous toujours Toreille avec humeur, quand on est de bonne intelligence? M. JacquilJard est-il toujours avare, important, bourru et libertin?
niGAUDIN.
Toujours, toujours.
SOÂNS XI. 445
CHARLES
Toutefois je VOUS recommande d'avoir des égards pour ma petite Toinette.
RIGAUDIN
Oui, oui, je sais qu'elle est sous votre protection.
GHARLIS} te parlant à luUméme, Ah! quand donc pourrai-je faire fortune? A quoi montent mes raïuomies? à cinquante louis tout au plus : et pourc[Qoi ne les risquerais-je pas dans quelque spéculation?
tUAAUDIN.
Vous parlez de spéculation; ehl eh! si vous étiez venu plus tôt dans le pajs... Voyez-vous cette jolie maison?
CHARLES
Je la connais, c'est celle de M. de la Giraudière.
RIGAUDIN
Eh bien ! M. de la Giraudièce Ta mise en loterie.
CHARLES
En loterie!
RIGAUDIN
Et c'est aujourd'hui le tirage définitif.
CHARLES
Ah! morbleu! s'il était encore temps, si je la gagnais... J'ai un pressentiment qu'aujourd'hui je dois réussir.
RIGAUDIN
Oui ; mais pour gagner à la loterie, il faut y avoir mis; or, il n'y a plus de billets.
CHARLES
Plus de billets?
RIGAUDIN
Il y a eu un fier mouvement de commerce dans le pays sur ces billets ; le premier prix était d cinq francs ; eh bien !
Air : On ne rit plus, on ne boit guère»
Babet Delorme a la première Vendu le sien soixante francs ; Madame Ledru, répicière.
En a payé deux, trois cents francs.
Vous savez la prude Angélique, Qui si longtemps Rebuta les amants,
$■ 'tr
446 LA MAISON .8N LOTERIB.
Sans raisonner,
Sans tâtonner, D*un seul billet, dans Tespoir de gagner, Elle a donné, dit la chronique, Tout ce qu*elle pouvait donner.
Et la meunière, qui, dilnoii, a cédé les siens à perte, à son garde-moulin.
GHABliBS.
Et il n'en reste plus è «endre?
RIGA OlUN .
Non; il n*y a que votre petite. Toinette...
CHARLES
Toinette en a un?
RIGAUDIN
Oui , qiie sa marraine lui a donné, à ce qu'elle dit. Voudriez-vous le lui acheter?...
CHARLES
Non, non, qu'elle le garde, et puisse-t-elle gagner I chère Toinette I . .
RIGAUniN.
J'espère bien aussi gagner. Nous en avons tous; M. Jacquillard, mademoiselle Yerneuil.
CHARLES
J'oubliais que j'ai quelques emplettes à faire dans le magasin de mademoiselle Yerneuil... Oui... votre serviteur, monsieur Rigaudin, j'entre chez elle. {Il entre chez madanoùelh Vemeuil,)