SCÈNE X CHARLES, TOINETTE, RIGAUDIN
(Pendant cette scène on voit Rigaudin dans l'étude^ rangeant ses papiers, taillant ses plumes, et de temps en temps levant la tête pour observer ce qui se passe sur la scène,)
TOINETTE
Me voilà, et ron peut causer.
CHARLES
TaDt mieux, (i part.) Elle est grandie, embellie... Elle est charmante.
TOINETTE
Vous voilà donc de retour dans le pays... Est-ce pour longtemps?
CHARLES
Monsieur projette de passer un ou deux mois au château.
TOINETTE
C'est bien peu. Je suis si heureuse quand je vous vois.
RIGAUDIN, dans V étude.
J'en étais sûr, voilà le beau valet de chambre.
TOINETTE
Ah ! mon cousin, je n'oublierai jamais toutes vos bontés.
CHARLES
Conduisez-vous bien, Toiuette, et comptez toujours sur moi.
TOINETTE
Eh bien 1 mon cousin, puisque tous avez tant d'amitié pour moi, il faut que je vous fasse une confidence.
CHARLES
Parlez, ma chère.
TOINlBTTE.
Je vous dirai que depuis votre dernier voyage, rambition m'est survenue.
CHAULES.
En vérité I voilà la différence qu'il y a entre nous deux : je reviens tout à fait guéri de la mienne ; et votre ambition... Toinette, quelle estelle?
TOINETTE
Si vous vouliez, quand vous retournerez à Paris, m'accorder votre protection pour me placer en qualité de femme de chambre, chez quelque grande dame.
CHARLES
Qui ? vous, Toinette, femme ie chambre I
TOINETTE
Oui, mon cousin.
CHARLES
Toinette, Toinette, n'allez pas à Paris, ou vous êtes perdue.
TOINETTE
Eh ! mais, mon cousin, vous ne vous y êtes pas perdu.
CHARLES
Savez-vous ce qu'il m'a fallu de force d'âme et de caractère pour me garantir, et encore...
RIGAUDIN
On sa querelle, je crois...
CHARLES
Ai a de /a valse du Pauvre Diable,
Ahl croyez-moi, ma petite Toinette^ Craignez Paris et ses trompeurs appas.
Dans les dangers que court une nllette, Ce qu'elle y perd ne se retrouve pas.
TOINETTE
Chacun, pourtant, dit qu'une jeune fille Dans ce pays fait fortune aisément.
CHARLES
M'enviez pas Téclat dont elle brille :
SCÂNB X. 443
Briller ainsi ferait Toire tonraient.
TOINETTB.
Eh bien I soyez le guide de Toinette.
Elle renonce à de trompears appas; Mais, pour me faire aimer cette retraite, Mon cner cousin, ne m'abandonnez pas.
CHARLES
Oui, croyez-moi, etc.
TOINBTTB.
N'en parlons plus. Me Yoilà revenue démon am bitioQ ; mais quel dommage I... il faudra donc encore nous séparer?... c'est bien dur
CHARLES
Qui sait, ma chère cousine?
TOINETTB.
Comment?
CHARLES
Si je restais dans le village.
TOINETTB.
Âhl mon cousin, quel bonheur I mais, non, cela ne se peut pas.
RIGAUDIN , dans V étude se grattant V oreille.
On s'apaise, on s'attendrit, il est temps que jo paraisse. (// iort de Vétude,)
CHARLBS.
Ahl Toinette, nous serions si heureux si nous étions assez riches.
TOENBTTB.
Oh! oui, bien heureux! mon cousin, je n'exige qu'une chose.
CHARLBS.
Laquelle?
TOINETTE
AiA : Tu va» ekanger dâ fortune et d^empIoL
Tant qu'au pajs mon cousin rei&tera, De bonne foi, je veux qu'il me promette tu'il sera sage, et (pi'il ne dansera . Qu*avec sa petite Toinette.
CHARLES
le le promets, et bien sincèrement.
RIGAUDIN, à Toinette.
Entendez-vous que monsieur vous appelle?
TOINETTB. .
Voyez, peut-on être libre un moment!
RIGAUDIN
Mais, allez donc, mademoiselle.
444 LA MAISON BN LOTEBIB.
TOINBTTBy à CharUi.
C'est dit?
CHARLES
C'est conTenu.
RIGAUDIN
Certainement.
TOINETTB.
Tant qa*au pajs mon cousin restera.
De bonne foi, je veux qu'il me promette Qu'il sera sage, et qu'il ne dansera Qu'avec sa petite Toinette.
H 1 CHâHIiES.
à ) Tant qu'au pays ton cousin restera, Il te promet, pour te voir satisfaite, « ] Qu'il sera sage, et qu'il ne dansera H I Qu'avec sa petite Toinette.
BIGAUDIN.
Tant qu'au pays le cousin restera.
Avec suzon et Claudine et Jeannette, Je suis garant que monsieur dansera, Plus souvent qu'avec sa Toinette.
{Toinette sort,)