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ZIV VIE DE PICARD

les régions les plus équivoques. Où voulait-on qu'il allât? le monde équivoque était partout , le vrai n^était nulle part. Mais on affectait d*en prendre les airs, et, se fardant d'aristocratie, on criait contre les bourgeois de Picard, pour ne pas paraître bourgeois soi-même. Faute d*un goût réel , on s*en faisait un dédaigneux et difficile. C'est ainsi que Geoffroy, véritable interprète de cette bourgeoisie collet monté, et au rire pincé, disait de la Grande ville ou les Provinciaux û Paria, que Picard donna en 1 802 : « Le comique est naturel , mais pas assez saisissant, et pas assez noble pour le goût actuel. »

Lorsque peu de temps après il se reforma une noblesse ce furent d'autres plaintes. Pourquoi, se demanda-t-on, ne se prend-il pas à ces nobles tout frais, chez qui pourtant les ridicules manquent beaucoup moins qu'ailleurs? Ils cumulent ceux du présent avec ceux du passé. Selon une lettre fort curieuse du comte Beugnot à l'académicien Roger, datée de 1809, c'eût été à la police de répondre : « J'ai , lui dit-il , entendu plus d'une fois reprocher à M. Picard de rester au second étage, et de ne savoir pas descendre au premier; et j'ai toujours demandé aux critiques de lui faire donner la clé du pre» mier, par celui qui l'a dans sa poche, par le ministre de la Police générale. Le ministre la reftise et il a raison. Notre gouvernement est très bon ; mais il est nouveau, mais les hommes qu'on y attache ont beaucoup de côtés faibles. Si on les abandonnait à la muse comique, il serait à craindre qu'on ne passât tout naturellement de la critique des hommes au mépris des choses. »

La nouvelle installation de Picard au théâtre Feydeau ne fut pas stable malgré son succès des Trois Maris, Une nouvelle fermeture au mois d'octobre 1800 l'obligea d'en partir, sans savoir de moins en moins où aller. Après douze ans de théâtre, il se trouvait, comme à la veille de sa première pièce, sans théâtre. Il retourna au Marais, où la pauvre petite salle de Mareux, qui avait vu ses débuts dans les comiques, étant libre, il s'y logea tant bien que mal. Pendant leurs courses, déjà si nombreuses, lui et les siens n'avaient pas eu de plus triste campement. Us y jouaient au fond d'une cour de la rue Saint-Antoine, au coin de la rue Thiron. Ce n'était pas un théâtre, mais une steppe, un désert.

Il ne tarda pas à s'en échapper pour aller, rue Saint- Martin, à la salle Molière, où il ne fit encore que prendre pied. La troupe des Troubadours périclitait à Loavois, il

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