‹ Théatre choisiChapitre 93 sur 418 · DE MLLE · texte numérisé non relu

DE MLLE

Eh! qu'importe? Quoique nous ne soyons plus au dessert...

DESROGHES.

Nous serions enchantés d'entendre mademoiselle.

MADAME GUIBSRT.

La voilà toute confuse ; c'est que vous l'intimidez : des messieurs de Paris... Et puis elle a la malheureuse habitude de se faire beaucoup prier.

DBLILLE.

Oh! s'il ne s'agît que de prier... Mademoiselley nous vous conjurons, nous vous supplions...

DESROGHES.

Vous n'avez pas besoin d'indulgence, j'en suis sûr, et je me joins à mon ami.

FLORE

C'est qu'en vérité... je n'ose.

MADAME 6UIBERT,

Osez, mademoiselle.

FLORE

Et... je suis enrhumée, je crois.

MADAME GUIBERT

Qu'est-ce que vous dites donc? Vous avez toujours des rhumes qui vous prennent mal à propos.

FLORE

Mais, ma mère, que chanl^rai-je?

MADAME GUIBERT

Ce qui vous plaira. Allons, tenez-vous droite, et chantez.

FLORE, toussant.

Hem... hem... je suis vraiment fort embarrassée.

(En partant tout d'un coup d'un grand éclat de voix.)

Non, non, non, j*ai trop de fierté Pour me soumettre à resclavage.

MADAME GUŒERT.

Quelle chanson choisissez-vous donc là I

06 LA PBTITB YILLB.

FLORE, cofUimiani.

Daas les liens du mariage Mon cœur ne peut être arrêté.

MADAME GUIBSRT.

Âh! bon Dieu! quelle horreur 1 Mais taisez-YOus 4pnc ; paix donc, paix donc, je tous en prie. Gomment I vous avez trop de fierté pour vous marier? Est-ce qu'une demoiselle doit chanter de ces ckoseslà? Qu'est-ce que c'est donc que cette, chanson-là?

FLORE

Mais ma mère, c'est de la Belle Arsène.

MADAME GUIBERT

Votre Belle Arsène était une bégueule, et j'espère bien que vous ne suivrez pas son exemple Et puis, c'est antique.

FLORE

Mais, ma mère, que voulez-vous donc que je chante?

MADAME GUIRERT.

Mais, mademoiselle, on chante du nouveau ; parexemple ;

Oui c*en est fait, je me marie, ou bien :

Il faut des époux assortis.

ou bien :

Ah ! que les nœuds du mariage A mes yeux offrent de douceur l

DELILLE

Ahl oui, mademoiselle, celle-là; elle est charmante, et beaucoup plus analogue à la situation.

FtORç tousse et chante.

Ah I que les nœuds du mariage A mes yeux offrent de douceur I L'amour est vif, il est volage; L'hymen seul fait le vrai bonheur.

Oui, la volupté la plus pure, C'est l'union de deux époux; C'est dans l'hymen que la nature Plaça ses plaisirs les plus doux.

Ah ! que les nœuds du mariage, etc.

DESROCHES

Gomme un ange, mademoiselle, comme un an gel-

Aon III, soiNs IX. e?

MADAME GUIBBRT.

Oui, comme un ange; comme une sotte. £]le chante ordinairement mille fois mieux. Et puis, elle ne sait pas donner d'expression aux paroles : elles sont si tendres I

FLOBB.

Mais, ma mère, ce n'est pas ma faute; il m'a pris une extinction de voix dans la roulade.

DESROGHES.

Ne grondez pas mademoiselle. On ne chante pas plus agréablement.

DELULE.

Oh I sans doute. {A part,) Attends, je vais t'en dégoûter tout à fait. (Haut.) Mon ami, la voix de mademoiselle doit te plaire, car elle te rappelle sans doute, comme à moi, la voix d'une personne qui t'est bien chère, ne trouves-tu pas?

DESROGHES.

Et de qui donc?

DELILLE

Ehl mais. vraiment, de ta femme,

DESROGHES.

De ma femme I

MADAME OUIBERT.

De sa femme I

FLORE

Ab ! mon Dieu I de sa femme!

DBSROGHBS, ù DelUU,

Qu'est-ce que tu dis donc?

DELILLE, bas ù Desroehet.

Laisse-moi faire. (Haut,) (Test le même timbre^ le même éclat, la même étendue.

Comment, monsieur, vous êtes marié?

DESROGHES.

Qui ? moi, madame ?

DELILLE

Oui, madame, il est marié. (Bas à Desrœhes,) Dis comme moi. (Haut,) Une femme charmante. (A Desroches.) J'ai mes raisons pour agir ainsi. {Haut,) Il y a six mois qu'il a épousé une jeune veuve. (A Desroches.) Tu vas voir. (Haut.) J'ai été un de ses témoins.

MADAME GUIBERT

En vérité, monsieur... je vous en fais mon sin-

88 LA PETITE VILLB.

cère compliment, et je suis charmée que vous ayez fait un cnoix... Laissez-nous, mademoiselle.

DELILLB, bas à Desrockes,

Sens-tu le motif des politesses. (Haut,) Eh quoi ! nous priver si tôt de la vue de votre aimable fille !

MÀDAHB GUIBEBT.

Je VOUS demande pardon, messieurs; mais elle a ses occupations, ses leçons.

FLORE, à sa mère.

Mais, ma mère, l'autre n'est peut-être pas marié.

MADAME GUIBBRT.

Qu'est-ce que vous dites, impertinente? Sortez, vous dis-je.

FLORE

Ma mère, faudra-t-il prévenir M. Splimann pour le concert de demain I

MADAME GUIBERT

Un concert! y pensez-vous? est-ce la saison des concerts, quana tout le monde est en vendange?

FLORE, faisant la révérence.

Messieurs, j'ai bien l'honneur...

MADAME GUIBERT

C'est bon, c'est bon; laissez-nous. {Flore sort.)

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