ACTE III, SCÈNE VIII
jours vous avez trouvé moyen d’avoir raison; mais, à cette fois, Dieu merci, les choses vont être éclaircies, et votre effronterie sera pleinement confondue.
ANGÉLIQUE
Eh ! je vous prie, faites-moi ouvrir la porte.
GEORGE DANDIN
Non, non ; il faut attendre la venue de ceux que j’ai mandés, et je veux qu’ils vous trouvent dehors à la belle heure qu’il est. En attendant qu’ils viennent, songez, si vous voulez, à chercher dans votre tête quelque nouveau détour pour vous tirer de cette affaire; à inventer quelque moyen de rhabiller votre escapade ; à trouver quelque belle ruse pour éluder ici les gens et paraître innocente; quelque prétexte spécieux de pèlerinage nocturne, ou d’amie en travail d’enfant, que vous venez de secourir
ANGÉLIQUE
Non ; mon intention n’est pas de vous rien déguiser. Je ne prétends point me défendre ni vous nier les choses, puisque vous les savez.
GEORGE DANDIN
C’est que vous voyez bien que tous les moyens vous en sont fermés, et que dans cette affaire vous ne sauriez inventer d’excuses qu’il ne me soit facile de convaincre de fausseté.
ANGÉLIQUE
Oui, je confesse que j’ai tort, et que vous avez sujet de vous plaindre. Mais je vous demande, par grâce, de ne m’exposer point maintenant à la mauvaise humeur de mes parents et de me faire promptement ouvrir.
GEORGE DANDIN
Je vous baise les mains.
GEORGE DANDIN
ANGÉLIQUE
Hé! mon pauvre petit mari, je vous en conjure!
GEORGE DANDIN
Hé ! mon pauvre petit mari ! Je suis votre petit mari maintenant, parce que vous vous sentez prise. Je suis bien aise de cela; et vous ne vous étiez jamais avisée de me dire de ces douceurs.
ANGÉLIQUE
Tenez, je vous promets de ne vous plus donner aucun sujet de déplaisir, et de me...
GEORGE DANDIN
Tout cela n’est rien. Je ne veux point perdre cette aventure, et il m’importe qu’on soit une fois éclairci à fond de vos déportements.
ANGÉLIQUE
De grâce, laissez-moi vous dire. Je vous demande un moment d’audience.
GEORGE DANDIN
Hé bien! quoi?
ANGÉLIQUE
Il est vrai que j’ai failli, je vous l’avoue encore une fois, et que votre ressentiment est juste; que j’ai pris le temps de sortir pendant que vous dormiez, et que cette sortie est un rendez-vous que j’avais donné à la personne que vous dites. Mais enfin, ce sont des actions que vous devez pardonner à mon âge, des emportements de jeune personne qui n’a encore rien vu, et ne fait que d’entrer au monde; des libertés où l’on s’abandonne sans y penser de mal, et qui, sans doute, dans le fond, n’ont rien de...
GEORGE DANDIN
Oui, vous le dites, et ce sont de ces choses qui ont besoin qu’on les croie pieusement.