‹ Théâtre choisi;Chapitre 23 sur 150 · CLÉANTE, LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

CLÉANTE, LA FLÈCHE

CLÉ ANTE

Ah I traître que tu es ! où t’es-tu donc allé fourrer? Ne t’avais-je pas donné ordre?...

LA FLÈCHE

Oui, monsieur: je m’étais rendu ici pour vous attendre de pied ferme; mais monsieur votre père, le plus malgracieux des hommes, m’a chassé dehors, malgré moi;etjJai couru risque d’être battu.

Comment va notre affaire? Les choses pressent plus que jamais; depuis que je ne t’ai vu, j’ai découvert que mon père est mon rival.

LA FLÈCHE

Votre père amoureux?

CLÉANTE

Oui; et j’ai eu toutes les peines du monde à lui cacher le trouble où cette nouvelle m’a mis.

• LA FLÈCHE

Lui , se mêler d’aimer'.De quoi diable s’aviset-il ? Se moque-t-il du monde? et l’amour a-t-il été fait pour des gens bâtis comme lui ?

CLÉANTE

Il a fallu, pour mes péchés, que cette passion lui soit venue en tête.

LA FLÈCHE

Mais par quelle raison lui faire un mystère de votre amour?

l’avare

l’avare

CLÉANTE

Pour lui donner moins de soupçon, etme conserver, au besoin, des ouvertures plus aisées pour détourner ce mariage. Quelle réponse t'a-t-on faite ?

LA FLÈC-HE

Ma foi, monsieur, ceux qui empruntent sont bien malheureux, et il faut essuyer d’étranges choses lorsqu’on est réduit à passer, comme vous, par les mains des fesse-mathieux.

CLÉANTE

L’affaire ne se fera point?

LA FLÈCHE

Pardonnez-moi. Notre maître Simon, le courtier qu’on nous a donné, homme agissant et plein de zèle, dit qu’il a fait rage pour vous ; et il assure que votre seule physionomie lui a gagné le cœur.

CLÉANTE

J’aurai les quinze mille francs que je demande ?

LA FLÈCHE

Qui ; mais à quelques petites conditions qu’il faudra que vous acceptiez, si vous avez dessein que les choses se fassent.

CLÉANTE

T'a-t-il fait parler à celui qui doit prêter l’argent?

LA FLÈCHE

Ah ! vraiment, cela ne va pas de la sorte. Il apporte encore plus de soin à se cacher que vous; et ce sont des mystères bien plus grands que vous ne pensez. On ne veut point du tout dire son nom et l’on doit aujourd’hui l’aboucher avec vous, dans une maison empruntée, pour être instruit par votre bouche de votre bien et de votre famille ;

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