ACTE Y, SCÈNE Y
vos intérêts, je suis prêt à les embrasser ainsi que les 'miens propres.
HARPAGON
Voilà monsieur, qui est un honnête commissaire, qui n'oubliera rien, à ce qu’il m’a dit, de la fonction de son office. {Au Commissaire montrant Valère. )Chargez-le comme il faut, monsieur, et rendez les choses bien criminelles.
VALÈRE
Je ne vois pas quel crime on me peut faire de la passion que j’ai pour votre fille, et le supplice où vous croyez que je puisse être condamné pour notre engagement, lorsqu’on saura ce que je suis.
HARPAGON
Je me moque de tous ces contes; et le monde aujourd'hui n’est plein que de ces larrons de noblesse, de ces imposteurs qui tirent avantage de leur obscurité, et s’habillent insolemment du premier nom illustre qu’ils s'avisent de prendre.
VALÈRE
Sachez que j’ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi, et que tout Naples peut rendre témoignage de ma naissance.
ANSELME
Tout beau ! prenez garde à ce que vous allez dire. Vous risquez ici plus que vous ne pensez; et vous parlez devant unliomme à qui toutNaples est connu, et qui peut aisément voir clair dans l’histoire que vous ferez.
valère, en mettant fièrement son chapeau.
Je ne suis point homme à rien, craindre ; et, si Naples vous est connu, vous savez qui était don Thomas d’Alburci.
L’ AVARE
ANSELME
Sans doute, je le sais ; et peu de gens l’ont connu mieux que moi.
Je ne me soucie ni de don Thomas, ni de don Martin.
(. Uarpcigon , voyant deux chandelles allumées , en souffle une.)
ANSELME
De grâce, laissez-le parler; nous verrons ce qu’il en veut dire.
VALÈRE
Je veux dire que c’est lui qui m’a donné le jour.
ANSELME
Lui?
VALÈRE
Oui.
ANSELME
Allez, vous vous moquez. Cherchez quelque autre histoire qui vous puisse mieux réussir, et ne prétendez pas vous sauver sous cette imposture.
VALÈRE
Songez à mieux parler. Ce n’est point une imposture, et je n’avance rien qu’il ne me soit aisé de justifier.
ANSELME
Quoi! vous osez vous dire fils de don Thomas d’Alburci?
Oui, je l’ose; et je suis prêt de soutenir cette vérité contre qui que ce soit.
ANSELME
L’audace est merveilleuse! Apprenez, pour vous confondre, qu’il y a seize ans, pour le moins, que l’homme dont vous nous parlez