‹ Théâtre choisi;Chapitre 77 sur 150 · ACTE V, SCÈNE Y · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Y

périt sur mer avec ses enfants et sa femme, en voulant dérober leur vie aux cruelles persécutions qui ont accompagné les désordres de Naples, et qui en firent exiler plusieurs nobles familles.

VALÈRE

Oui. Mais apprenez, pour vous confondre, vous, que son fils, âgé de sept ans, avec un domestique, fut sauvé de ce naufrage par un vaisseau espagnol, et que ce fils sauvé est celui qui vous parle. Apprenez que le capitaine de ce vaisseau, touché de ma fortune, prit amitié pour moi ; qu’il me fit élever comme son propre fils, et que les armes furent mon emploi dès que je m’en trouvai capable ; que j’ai su depuis peu que mon père n’était point mort, comme je l’avais toujours cru; que, passant ici pour l’aller chercher, une aventure par le ciel concertée me fit voir la charmante Elise; que cette vue me rendit esclave de ses beautés, et que la violence de mon amour et les sévérités de son père me firent prendre la résolution de m’introduire dans son logis, et d’envoyer un autre à la quête de mes parents.

ANSELME

Mais quels témoignages encore, autres que vos paroles, nous peuvent assurer que ce -ne soit point une fable que vous ayez bâtie sur une vérité ?

! VALÈRE

Le capitaine espagnol, un cachet de rubis qui était à mon père, un bracelet d’agate que ma mère m’avait mis au bras, et le vieux Pédro, ce domestique ' qui se sauva avec moi du naufrage.

MARI ANE

Hélas! à vos paroles, je puis ici répondre, moi, que vous n’imposez point; et tout ce

l’avare

que vous dites me fait connaître clairement que vous êtes mon frère.

VALÈRE

Vous, ma sœur?

MARI ANE

Oui; mon cœur s’est ému dès le moment que vous avez ouvert la bouche; et notre mère, que vous allez ravir, m’a mille fois entretenue des disgrâces de notre famille. Le ciel ne nous fit point aussi périr dans ce triste naufrage; mais il ne nous sauva la vie que par la perte de notre liberté ; et ce furent des corsaires qui nous recueillirent, ma mère et moi, sur un débris de notre vaisseau. Après dix ans d’esclavage, une heureuse fortune nous rendit notre liberté, et nous retournâmes dans Naples, où nous trouvâmes tout notre bien vendu, sans y pouvoir trouver des nouvelles de notre père. Nous passâmes à Gênes, où ma mère alla ramasser quelques malheureux restes d’une succession qu’on avait déchirée ; et de là, fuyant la barbare injustice de ses parents, elle vint en ces lieux, où elle n’a presque vécu que d’une vie languissante.

ANSELME

O ciel ! quels sont les traits de ta puissance ! et que tu fais bien voir qu’il n’appartient qu’à toi de faire des miracles ! Embrassez-moi, mes enfants, et mêlez tous deux vos transports à ceux de votre père!

VALÈRE

Vous êtes notre père?

MARIANE

C’est vous que ma mère a tant pleuré?

ANSELME

Oui, ma fille, oui, mon fils, je suis don Thomas d’Alburci, que le ciel garantit des

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