SCÈNE IV
LlSIMOiN, JULIE, NÉRINE.
LISIMON.
Voilà toutes mes mesures déconcertées.
JULIE
Je suis au désespoir ! Je souffrais patiemment toutes ses injures, dans l'espérance qu'elles se termineraient par une sommation en bonne forme de lui restituer votre fils; mais le présent qu'elle s'est résolue de m'en faire, me jette dans le dernier embarras.
LISIMON.
Je ne suis pas moins embarrassé que vous. J'ai eu la fausse finesse de donner ma parole à mon fils, persuadé que la comtesse ne vous le céderait jamais; si je m'en dédis, il va prendre ce prétexte pour faire tant de sottises et d extravagances, que je serai obligé de le déshériter. Un éclat de la sorte achèvera de le perdre dans le monde ; et, quoiqu'il ne mérite plus ma tendresse, je ne laisserai pas d'en être affligé. Oh ! çà, ma chère Julie, je triomphe de la faiblesse que j'avais pour vous, dans l'espérance de prévenir la perte de mon fils. Daignez me seconder, je vous en conjure. Consentez à l'épouser; je suis sûr que vos charmes, votre bon esprit, votre vertu, le retireront de tous ses égarements.
NÉRINE
Allons ! mademoiselle, il faut vous rendre de bonne grâce. Je vous seconderai , laissez-moi faire ; et je vous donnerai de si bons avis, (^uand vous l'aurez épousé, qu'il faudra qu'il devienne bon mari, ou qu'il déguerpisse. Ce ne sera pas le premier libertin qu'une jolie femme aura réduit ; en tout cas, nous serons deux, et il sera bien diable, s'il l'est plus que nous.