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ACTE III, SCÈNE YI

NÉRINE

Ah I mon pauvre Crispin, que je suis aise de te revoir! Mais...

Vous vous expliquerez tantôt. Satisfais mon impatience.

CRISPIN

Gela est juste ; mais je voudrais savoir pourquoi Nérlne....

JULIE

Parle-moi.

CRISPIN

Tout à rheure. Je vous dirai donc... Attendez, il faut que j'embrasse encore Nérine.

JULIE, retenant Crispin.

Je me fâcherai à la fin. Où est ton maître ?

CRISPIN

A Paris. Nous venons d'arriver.

JULIE

A Paris 1 Quel comble de joiel Que fait-il? D'où vient qu'il n'est pas ici ?

CRISPIN

Mademoiselle, il se fait habiller, pour paraître plus décemment devant vous. Pour moi, qu'aucun équipage ne défigure, et qui mourais d'envie de voir cette friponne-là, je suis accouru céans tout botté.

JULIE

Tu m'as fait grand plaisir. Voilà vingt pistoles que je te donne pour ta bienvenue.

Grand merci, [a Nérine.] Garde cela, mon enfant, pour ton habit de noces.

NÉRINE prend Targent en pleurant.

Ah ! Ah !

CRISPIN

Quelle diable de note ! Tu me reçois froidement, et mon argent te fait pleurer.

JULIE

Eh I Laisse là Nérine, et parle-moi de mes affaires.

CRISPIN

Parbleu ! les miennes sont aussi pressées que les vôtres.

100 l'obstacle imprévu.

JULIE

Je perds patience... Léandre se porte-t-il bien?

CRISPIN

Il crève de santé. Vous Tallez voir tout à l'heure.

JOLIE

D*où vient qu'il ne m'a point donné de ses nouvelles depuis si longtemps ?

CRISPIN

Il avait juré que vous n'entendriez jamais parler de lui, qu'il ne fût en était de vous épouser.

Ah ! Tu me rends la vie. Qu'a-t-il fait pendant son absence ?

CRISPIN

Tout ce qu'il a pu pour faire fortune. Vous savez que nous n'étions partis que dans ce dessein-là ; lui, pour vous mériter. Mademoiselle, et moi, pour me rendre digne de cette friponne- là.

JULIE

Avez- vous réussi ?

CRISPIN

Ce n'a pas été sans peine. Mais c'est la faute de mon maître. Je voulais expédier. Je savais de certains tours d'adresse, de petits jeux de main tout innocents, qui ont la vertu de faire puiser dans le bien d'autrui, comme si vous puisiez dans le vôtre. Mais il ne suffit pas pour cela d'avoir de l'adresse, il faut avoir du courage, se mettre en tête que tous biens sont communs, et que tout ce qu'on attrape est de bonne prise.

JULIE

Fi ! Que voulais-tu lui conseiller là ?

CRISPIN

Ce qui se pratique tous les jours ; et dans Paris plus qu' colleurs. Tous ces parvenus qui ont amassé tant de millions n'ont réussi qu'en suivant ces maximes.

JULIE

Je connais Léandre ; il est incapable de s'avancer de la sorte.

Ëhl oui, de par tous les diables ! C'est ce qui a pensé le perdre ! 11 s'est toujours piqué de suivre

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