ACTE IV, SCÈNE II
m*avoir fait une offense qui détruit les liens de Tunion conjugale?
NÉRINE
Les beaux liens! Le grand malheur quand ils seraient détruits I
PASQUIN
Sais-tu bien que je suis ton mari ?
NÉRINE
Oui vraiment, je le sais ; c'est ce qui me désole.
PASQUIN
Mais, sais-tu ce que c'est qu'un mari?
NÉRINE
Oh! que oui. Un mari, quand il te ressemble, est un personnage jaloux et bourru. C'est un espion perpétueL C'est l'ennemi de la paix et de la tranquillité. C'est le centre de la bizarrerie. C'est un tyran, qui se fait craindre et qui ne se fait point aimer. C'est un esprit de travers qui donne un mauvais tour aux actions les plus innocentes. C'est une taupe pour ses défauts, et un argus pour ceux de sa femme. C'est un homme qui renonce à la complaisance et aux petits soins, qui ne cherche que soi dans ses plaisirs, qui veut être libre, et qui veut rendre esclave. C'est un animal, qui caresse par caprice, et qui mord par habitude ; et pour achever ton portrait, en deux mots, un mari de ta trempe est justement ce qu'on appelle le chien du jardinier.
PASQUIN
Quel flux de langue ! J'aurai beau voir, beau toucher au doigt, je n'aurai jamais raison avec cette coquine-là ! Je n'ai qu'un mot à vous dire pour vous confondre. Madame la friponne. Quand j'aurais tous les torts du monde à votre égard, n'avez-vous pas fait pis que moi cent fois, en vous promettant à un autre de mon vivant?
NÉRINE
Voyez le grand crime! Ce n'est qu'une petite
Précaution que j'ai prise, et qui ne te fait point e tort.
PASQUIN
Point de tort ! N'est-ce pas m'enterrer tout vif?
NÉRINE
L'imbécile! Quand je me promettrai cent fois,
114 l'obstacle imprévu.
en mourras-tu plus tôt? Tu n'as pas tant de complaisance .
PASQDIN.
Non, morbleu! et je vivrai pour te faire enrager.
NÉRINE
Et moi, pour te désespérer! Nous verrons qui l'emportera des deux.
PASQUIN
Tu enrageras.
NÉRINE
Tu te désespéreras.
Je serai veuf.
NÉRINE
Je serai veuve. Ne suis-je pas plus jeune que toi, et ne dois-je pas durer plus longtemps?
PASQUIN
J'y donnerai bon ordre. J'ai des bras qui hâteront ton départ.
NÉRINE
Tu crois cela?
PASQUIN
J'y compte si bien, que je vais retenir ma seconde femme.
nérin'e.
Ah! Si l'on pouvait se démarier, que j'aurais de plaisir! Tiens, je voudrais être la première qui en amenât la mode.
PASQUIN
Ah ! Si l'on était veuf du moment qu'on le désire, je l'aurais été dès le lendemain de notre mariage.
NÉRINE
Laisse-moi en repos, ivrogne, et va chercher ta seconde femme.
PASQUIN
Ote-toi de mes yeux, scélérate, et cours à ton second mari.
Que ne l'est-il déjà?
PASQUIN
Que n'en suis-je à mes sixièmes noces! Tu cherches des yeux ton prétendu ; mais voilà une épée qui m'en délivrera.