SCÈNE III
VALÈRE, NÉRINE, PASQUIN
VALÊRE.
Hé bien ! Pasquin, j'ai réussi. Je vais épouser Julie, ei mon père est au désespoir.
PASQUIN
Ahl Vraiment, Monsieur, nous sommes bien chanceux, vous et moi; j'ai de belles nouvelles à vous apprendre I
VALÈRE
Quelles nouvelles?
PASQUIN
Apparemment que vous venez de dehors?
VALERE
Oui. Depuis que je suisr sûr d'épouser Julie, comme je te l'ai dit, je me prépare à ce plaisir-là, car tous ceux (Jont je puis m'aviser. Je viens de laire la plus jolie partie du monde. Nous avons bu d'un vin rouge de Sillery, qui m'a bien donné de l'amour.
Vous avez fait sagement de vous fortifier le cœur pour soutenirTassaut que vous allez essuyer. Pendant votre absence, il s'est passé bien des choses. Ma femme s'est assurée d'un second mari, et Julie a retrouvé son premier amant.
VALÈRE
Son premier amant!
PASQUIN
Lui-même. Il est de retour depuis deux ou trois heures; et c'est Monsieur son valet qui estrAdonis de ma femme. Allez, ce sont des drôles qui font de la besogne en peu de temps !
VALÈRE
Parbleu 1 nous allons voir beau jeu! Voilà une occasion digne de moi. Je prétends triompher de mon père, de mon rival, et du cœur de Julie. Oh I palsambleul Monsieur le soupirant, je vous enverrai faire vos doléances aux échos et aux rochers d'alentour. Où est- il, ce petit Médor? Je vais le faire chanter sur le bon ton.
116 l'obstacle imprévu.
NÉRINE
Prenez garde qu'il ne vous fasse chanter vousmême. Il entend la tablature, je vous en avertis. Songez plutôt à gagner Foncle de ma maltresse ; il vient d'arriver presque en môme temps que votre rival, et j'ai su qu'il vous destinait sa nièce.
VALÈRE
Tout de bon ?
NÉRINE
Rien n'est plus sûr. Voici l'amant de Julie.
Et mon substitut avec lui.
NÉRINE
Je me retire.
PASQUIN
M'en irai- je aussi?
VALÈRE
Non, non, demeure.