ACTE IV, SCÈNE VI
LISIMON.
Ce grand seigneur Sicilien dont vous étiez l'écuyer, lorsque vous nous quittâtes pour aller a u^ Indes?
LYCANDRE.
Lui-même.
LISIMON.
Je me souviens de l'avoir vu plusieurs fois.
Savez- vous si ce seigneur est encore vivant?
LISIMON.
Il est mort depuis quelques années.
LYCANDRE.
Et son fils?
LISIMON.
Il fut tué à la dernière campagne de Flandre.
LYCANDRE.
Il faut que je vous embrasse pour ces bonnes nouvelles! La mort m'a défait de deux hommes qui m'étaienl bien redoutables.
LISIMON.
Pourquoi donfj cela.
LYCANDRE.
Vous le saurez quand je vous aurai conté mon histoire.
LISIMON.
Enfin, de toute cette famille il ne reste qu'une fille du duc, qui est veuve, et qui n'a point d'enfants.
LYCANDRE.
Surcroît de bonheur pour moi ! Il faut que j'aille trouver cette dame, sans perdre un momenL
VALÈRE
Avant de sortir, monsieur, il faut décider au sujet de Julie.
Oui, monsieur, réglez notre sort, je vous en conjure.
LYCANDRE.
Cela sera bientôt fait; vous ne l'aurez ni l'un ni l'autre.
VALÈRE
Ah! monsieur, que dites-vous?
LÉANDRE
H n*est pas possible que vous me nfbsiez....
LYCÂNDRE.
Tous vos discours ne serviront de rien. Vous ne me convenez plus, Yalère, et je n'ai garde de donner ma nièce à un homme qui a d'autres engagements; pour vous, monsieur, je ne sais qui vous êtes, et on ne donne poifK à un inconnu une fille comme Julie. Je viens de me souvenir qu'Oronte dont nous avons parlé, Lisimon, avait un fils fort jeune lorsque je partis pour les Indes. Gomme cet Oronte est le plus ancien de mes amis, et l'homme du monae à qui j'ai le plus d'obligation, je veux relever sa maison oui est fort en désordre, en donnant Julie à son nls, s'il est honnête homme.
LÉANDRE
Soufi'rez que j'embrasse vos genoux, et que je vous rende grâce pour mon père et pour moi.
Comment donc?
LISIMON,
Que veut dire ceci?
VALÊRE,
Je tremble.
LÉANDRE
Vous voyez en moi le fils d'Oronle, pour qui vous avez âe si bonnes intentions.
LYCANDRE.
Vous êtes fils d'Oronte ?
LÉANDRE
C'est ce qu'il me sera facile de prouver. Mon père est ici. Je vais l'avertir de votre retour, et le prier de venir me présenter à vous.
VALÊRE.
Le maudit incident!
LYCANDRE.
Certes, vous ne pouviez me surprendre plus agréablement. Julie a de l'inclination pour vous ; vous êtes fils d'un homme que j'aime* tendrement. Dès aujourd'hui, nous conclurons le mariage.
LlSlMON.
Vous voyez, présentement, monsieur mon fils,.