ACTE lY, SCÈNE IX
LÉANDRE
Je ne sais où j'en suis. Surpris, confus, désespéré.... Ciel I Puis-je découvrir cet incident sans mourir de douleur?
JULIE
Quelle infortune !
LÉANDRE
Quel funeste revers!
JULIE
Â-t-on jamais rien vu de pareil?
LÉANDRE
Fut-il jamais un coup du sort plus bizarre et plus accablant?
NÉRINE
Par ma foi, je tombe des nues! La maudite femme I Elle a juré de nous persécuter, même après sa mort.
LÉANDRE
Âh! C'est le nom de son second mari qui m'a trompé, et elle m'avait caché toutes ses aventures.
Quoi! me voilà séparée de vous, au moment où je ne pouvais plus douter d'être unie avec vous pour jamais?
LÉANDRE
Je ne saurais survivre à mon malheur; il faut ^e je me punisse de la faule que j'ai faite.
JULIE, le retenaat.
Ah! Léandre, quel est votre dessein?
LÉANDRE
D'expirer à vos yeux.
CRISPIN
Quand vous vous tuerez, il n'en sera ni plus ni moins.
NÉRINE
Voilà un obstacle que je n'aurais jamais prévu !
LÉANDRE
Par quels détours la fortune m'a conduit dans le précipice!
CRISPIN
Oui, la fortune, par sa malignité, fait voir dans celle occasion.... qu'elle est femme. Un maudit caprice la gouverne, et la noirceur de son influence produit des événements bizarres, qui,
13 0 l'obstacle imprévu.
joints aux aspects d'une étoilç infernale, vous font épouser de vieilles femmes qui sont mères .de vos maîtresses, et vous conduisent par là dans un gouffre profond, qui... Par ma foi, je m'y perds I
L É A N D R E , revenant de sa rêverie.
Pour me venger de l'obstacle qu*une indigne mère fait naître à notre bonheur, je prétends faire pour vous ce qui la désespérerait si elle vivait encore. Je veux, en nous séparant pour jamais, vous donner tout le bien qu'elle m'a laissé.
JULIE
Je n'en veux point, puisque je ne puis être à vous. Quelles richesses me faut-il, Léandre, pour passer le reste de ma vie dans un couvent?
LÉANDRE
Adieu ! Je m'en vais en des lieux où je trouverai tant de périls, que je ne regretterai pas longtemps la perte irréparable que je fais.