ACTE V, SCÈNE V
VALÈRE
Mais, plus elle témoignera de joie et de ravissement, plus je lui marquerai d'indifTérence et de tristesse. Elle est glorieuse et délicate. Ma froideur 'la piquera sans doute : elle me dira quelques paroles désobligeantes ; je ne lui réponnrai pas un mot. Elle sera désespérée de mon silence, et, dans le premier mouvement de son dépit, elle me déclarera qu'elle ne veut plus m*épouser. Je ferai quelques faibles efforts pour calmer son esprit. Ma froideur redoublera sa colère, et la scène finira par une rupture en forme. Mon père s'en fâchera d'abord. Je lui ferai connaître que ce n'est point ma faute; il n'osera me condamner. Je serai délivré d'Angélique, et j'irai me jeter dans les bras de Julie.
PASQUIN
Cela n'est pas mal imaginé.
VALÈRE
Tout ce que j'appréhende, c'est qu'Angélique ne se pique pas assez vivement de ina froideur, et que l'ascendant que j'ai sur elle ne triomphe de son dépit.
PASQUIN
Je ne sais si je me trompe; mais il me parait qu'elle est bien refroidie pour vous, depuis votre dernière incartade.
VALÈRE
Le fat! Elle ne m'aime que trop; c'est ce qui me désespère. La voici. Tu vas voir combien j'aurai de peine à me débarrasser de ses empressements, et ix la réduire au parti de l'indifTérence.
PASQUIN
Oh ! voyons donc. Ceci réveille mon attention.