‹ Théatre choisiChapitre 136 sur 471 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

VALÈRE, PASQUIN

VAL ÈRE

Fut-il jamais un homme plus malheureux que moi?... Parle donc !

PASQUIN

Mon malheur surpasse le vôtre. Ne suis-je pas le plus infortuné de tous les maris? .

VALÈRE

Un obstacle imprévu rompt tous les engagements de Julie avec mon rival. Je l'ignore; et au lieu de profiter de cet événement, je me réconcilie avec Angélique. Cela n'est-il pas cruel?

Oui, mais voici quelque chose de plus tragique! Je veux battre ma femme; c'était le droit du jeu : je n'en fais rien de peur de l'éclat. Je veux tuer mon successeur prématuré, je me trouve plus poltron que lui.

VALÈRE

Que ferai-je? Si je vais m'offrir à Julie, elle me préférera sans doute au couvent; mais mon père, Angélique, la comtesse, vont me tomber sur les bras.

PASQUIN, rêvant de son côté.

Si je me sépare de ma femme, on va me rire au nez; si je la bats tout mon sôul, je la tuerai ; si je la tue, je serai pendu.

VALÈRE

Que me conseilles- tu, Pasquin?

PASQUIN

Que me conseillez-vous, monsieur ?

VALÈRE

Hem! Ne m'entends-tu pas?

PASQUIN

Non, monsieur. De quoi parlez- vous?

VALÈRE

Je parle de Julie.

140 l'obstacle imprévu.

Et moi, de ma femme.

VALÈRE

Peste soit du faquin ! Je suis dans une étrange perplexité !

PASQUIN

Mon front est bien endommagé!

VALÈRE

Maraud, si tu t'avises jamais de me parler de ta femme, je t'assommerai sur la place I

PASQUIN

Hé bien I soit. Je ne parlerai plus d'elle; mais vous ne m'empêcherez pas d'y penser. J'ai l'honneur d'uiie délicatesse....

VALÊftE.

Encore? Tu ne m'écouLeras pas?

PASQUIN

Eh ! la, la, patience ! Vous aurez bientôt une femme aussi, et vous saurez ce qu'en vaut l'aune.

VALÈRE, voulant le frapper.

Oh ! Parbleu, il n'y a plus moyen d'y tenir!

PASQUIN

Je vous écoute.

VALÈRE

J'ai pris mon parti, je n'épouserai point Angélique, et elle ne s'en plaindra point; ainsi mon père n'aura rien à dire.

PASQUIN

Et comment ferez-vous ce miracle-là?

VALÈRE, se touchant le front.

Cela part d'ici.

PASQUIN

Ce sera donc quelque chose de merveilleux?

VALÈRE

Tu vas voir. Je m'en vais déclarer à Angélique que l'on veut nous marier, dès ce soir, et que je n'y résiste plus.

PASQUIN

Fort bien.

VALÈRE

Elle sera charmée de cette nouvelle.

PASQUIN

Je le veux croire.

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