SCÈNE IV
ARISTE, FINETTE, gwi observe quelque temps' Àriste
avant que de parler,
FINETTE
[A part,) (Haut.)
Toujours lire ! Monsieur, madame votre femme..,
ARISTE
Crie encore plus haut !
FINETTE
Très-volontiers. Madame Votre...
ARISTE
J'ai défendu cent fois, depuis deux ans, Que jamais ce mot-là fût prononce céans : Ne t'en souvient-il pas?
FINETTE
Oui : maïs quand je l'oublie, Quel tort vous fait cela, monsieur, je vous supplie?
ARISTE
Premièrement, celui de me désobéir
FINETTE
Passe.
Secondement...
FINETTE
J'enrage. A vous cuir.
On s'imaginerait que c'est faire un grand crin'îo De donner à madame un titre légitime,
ARISTE
Finette î
FINETTE
Quoi, monsieur?
ARISTE
11 faudrait m'écoutcr Quand je parle.
FINETTE
Ah ! vraiment, qui voudrait s'arrêter A tous vos })caux discours, et les suivre à la lettre, Ne cesserait jcunais...
ARISTE
Voulez -vous bien permettre Que je dise deux mois?
FINETTE
Quatre, si vous voulez.
ARISTB,
Vous savez qu'un secret... <■'
Deux ans sont écoulés Depuis que nous menons un^ "eie équivoque; Je n'y puis plus tenir, le secret me suffoque.
ARISTE
Ma patience enûn pourrait bien se lasser.
FINETTE
C'est conscience à vous que de vouloir forcer, Pendant deux ans entiers, des femmes à se taire. Pour moi, j'aimerais mieux vivre en un monastère, Jeûner, prier, veiller, et parler tout mon soûl.
ARISTE, ^e levant.
Parlez, morbleu ! parlez ; je ne suis pas si fou Que de vouloir tenir vos langues inutiles : Sur un point seulement qu'elles soient immobiles; Ce n'est que sur ce point que je l'ai prétendu.
FINETTE
Oui ; mais ce point, monsieur, c'est le fruit dé-
• Et voilà justement ce qui nous afîriande. [fendu ; Parmi vingt bons ragoûts, la plus grossière viando, Que l'on me défendrait constamment de goûter Serait le seul morceau qui pourrait me tenter. Jugez, après cela, si je n'ai pas la rage'
De parler librement sur votre mariage.
ARISTE
* Quel travers, quel esprit de contradiction ! Quel fonds d'intempérance et d'indiscrétion! Voilà les femmes.
FINETTE
Soit. Mais, telles que nous sommes. Avec tous nos défauts, nous gouvernons les hommes. Môme les plus huppés; et nous sommes l'écueil Où viennent échouer la sagesse et l'orgueil. Vous ne nous opposez que d'impuissantes armes: Vous avez la raison, et nous avons les charmes. Le brusque philosophe, en ses sombres humeurs, Vainement contre nous élève ses clameurs; Ni son air renfrogné, ni ses cris, ni ses rides. Ne peuvent le sauver de nos yeux homicides.' Comptant sur sa science et ses réflexions. Il se croit à l'abri de nos séductions.