‹ Théatre choisiChapitre 155 sur 471 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Une belle paraît, lui sourit, et Tagaco : Crac... au premier assaut elle emporte la place.

AUISTE, à part.

Voilà précisément mon histoire en trois mots.

^ FINETTE

Je brûle de vous voir trois ou quatre marmots Braillant autour de vous; et vous-même, en cachet- Jouant à cache-cache, ou bien à climusette. [le,

ARISTB^ ù part,

La friponne a raison de rire à mes dépens,

Dt ses discours malins sont remplis de bon sens.

(Haut.)

Faisons trêve, de grâce, à tout ce badin âge. Je veux encore un temps cacher mou mariage. Pour n'être point privé de la succession D'un oncle dont le bien fait mon ambition.

FINETTE

Quoîl vous ambitieux? Je vois qu'un philosophe Est fait comme un autre homme, et de la même

[étoffe.

Et qu'avez-vous donc fait de ces beaux sentiments Que vous nous étaliez, monsieur, à tous moments? « Le comble, disiez-vous^ de toutes les faiblesses, « C'est de ne point guérir de la soif des richesses, a Que cette hydropisio a fait de malheureux 1 « Mais pofk^moi, ma fortune a surpassé mes vœux; « Un trésbr de vertus est le seul où j'aspire, « Et mon cœur, pour l'avoir, céderait un empire.» Et zeste, si quelqu'un vous pouvait prendre au mot. Vous diriez : Serviteur, je ne suis pas si sot.

ARISTE

Tu te trompes. Je suis dans les mêmes maximes. Mais je sais leur donner des bornes légitimes; Et je serais maudit un jour par mes enfants. Si j'étais philosophe à leurs propres dépens. Il no faut rien outrer quand on veut être sage Je dois leur ménager un puissant héritage.

FINETTE

Ce motif est louable, il faut vous y tenir. Mais messieurs vos enfants sont encore à venir. Peut-être viendront-ils. Cependant...

ARISTE

Quoil

FINETTE

J'augure

i()'k LE PHILOSOPHE MARIE,

Que VOUS n'aurez jamais grande progéniture.

ARISTE

Mais je n'ai pas trente ans. A mon âge, je croîs...

On dit qu*on n'a jamais tous les dons â la fois, Et que les grands esprits, d'ailleurs très-estimables. Ont fort peu de talent pour former leurs sembla-

ARisTE. .[blcs.

Finette a de Tesprit, et s'en sert joliment : 11 faut faire réponse à son doux compliment. On soufFre un temps les airs d'une fille suivante, Que trop de bonté gâte et rend impertinente: Elle offense, elle aigrit sans s'en embarrasser; Un jour elle conclut par se faire chasser. Je pense que Finette est assez raisonnable^ Pour prendre en bonne part cet avis charitable, lilt pour en profiter avec attention; Sinon, gare l'instant de la conclusion.

FINETTE

Ce conseil aigre-doux mérite une réplique. Je vois qu'un philosophe est mauvais politique. Puisqu'il n'observe pas que c'est être indiscret Que de chasser quelqu'un qui sait notre secret; Surtout si ce quelqu'un est d'un sexe qui penche Au plaisir de jaser et d'avoir sa revanche.

ARISTE

Ta réplique est très-juste; et les maîtres pruden' s Doivent au poids de l'or payer leurs confidents.

(// lui donne de l'argent.)

Voici pour t'apaiser et t'imposer silence.

(à part.)

Mon lot est de souffrir, et d'avoir patience.

FINETTE

Votre secret, monsieur, grandement me pesait; Mais ceci le rendra plus léger qu'il n'était. Par vos riches leçons je me sens plus discrète: Uépétez-les souvent, et je serai muette.

ARISTE

S'il ne tient qu'à cela, je puis compter sur toi?

FINETTE

Tant que vous paierez bien, je vous reponds de moi- Mais, à propos, vraiment, j'oubliais de vous dire Que votre femme... non, que madame désire...

ARISTE

Madame ?

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