CÉ LIANTE
Écoutez-moi, cela vaut un sermon.
De plus, vous vous croyez un mérite suprême, Et vous n'eslirnoz rien à l'é^^al de vous-même : Vous vous raillez suus main de vos meilleurs amis,
ils I.E PHILOSOPHE MARIÉ.
Quoique toujours près d'eux complaisant et soumis : Votre intérêt vous guide, et seul vous détermine; Chez vous, en grand secret, l'amour-propre domine : Quand vous n'êtes point vu, vous courez au miroir, Et vous vous régalez du plaisir de vous voir. Ce portrait-là n'est pas fort à votre avantage; Mais, malgré vos défauts, je vous aime à la rage.
DA.MON
Quoique vous m'accusiez ici de fausseté, Oserais-je imiter votre sincérité?
GÉLIANTE.
Fort bien.
DAMON
Vous êtes belle, aimable, généreuse, -i Mais vous êtes hautaine, inquiète, envieuse :
Le bonheur du prochain vous cause de l'ennui, Et vous amaigrissez de l'embonpoint d'autrui : Vous avez de l'esprit, mais souvent il s'égare; 11 vous rend d'une humeur inconstante et bizarre : - Toute femmequi plaît vous trouve en son chemin;
Et vos yeux font la guerre à tout le genre humain . Votre sincérité, dont vous faites parade. N'est jamais que TefTet d'une brusque incartade ; Sans choix, tout est pour vous matière à discourir. Et le moindre secret vous fatigue à mourir. Ce portrait-là n'est pas fort à votre avantage; Mais, malgré vos défauts, je vous aime à la rage.
GELIANTE.
Vous m'aimez?
DAMON
Que le ciel m'écrase en ce moment, S'il fut jamais, madame, un plus fidèle amant. Bien que quelques défauts obscurcissent vos char-
[mes, Mon cœur, trop prévenu, n'en conçoit point d'a-
cÉLiANTE. ' [larmes.
Pour moi, j'en suis frappée; ils m'alarment pour
[vous.
>^ous me connaissez trop pour être mon époux : On ne m'aura jamais sans me croire parfaite.
DAMON
Eh bien! vous Têtes donc. Étes-vous satisfaite?
CÉLIANTE.
Non, ce fade retour ne saurait me toucher.