SCÈNE m
CÉLIANTE.
Traître, de mes vertus tu fais un beau trophée! S'il dit vrai, je suis folie et coquette fieffée. Pour folle, je le suis, puisque j'ai pu l'aimer. Mais quoi! n'est-il pas fait pour plaire et pour
[charmer.
Cela n'est que trop vrai , c'est ce qui me désole : Si je l'ai tant aimé, je ne suis donc pas folle. Pour coquette, voyons, le suis-je? Franchement, Ce qu'il dit là-dessus n'est pas sans fondement. Je le sens: mais, au fond, est-ce un reproche à
(faire?
Quoi! peut-on être femme, etne pas vouloir plaire^ Toute femme est coquette, ou par raffinement» Ou par ambition, ou par tempérament.
Je suis, aioute-t-il, inquiète, envieuse. J'ai grand tort d'enrager de voir ma sœur heureuse, Et, moins belle que moi, posséder un époux Qui ne devait jamais balancer entre nous? J'ai de Torgueil? Eh bien! suis-je si criminelle? Peut-on n'être pas Gère, et savoir qu'on est belle? Je suis indiscrète? Oui, quelque chose à peu près : Mais mon sexe est-il fait pour garder des secrets? Enfin, je suis bizarre et d'un caprice extrême? Rien n'est plus ennuyeux qu'être toujours la même. Ainsi, monsieur Damon, tout pesé comme il faut, Vous êtes un menteur, et je n ai nul défaut. .