ACTE IV, SCÈNE III
ARISTE
Je suis excusable; Car...
GÊnONTE.
Exposer un oncle, un oncle tel que moi, A s'enivrer tout seul !
LISIMON.
Il a tort.
GÊRONTE.
Quand je boî, Je veux qu'on me seconde, ou bien je bois de rage.
LISIMON.
Mon frère, nous parlions de notre mariage.
GÉIIONTE.
A demain, mon neveu; sinon, déshérité.
ARISTE
Mais différez du moins...
GÉRONTE
Le sort en est jeté.
LISIMON.
Sommes-nous si pressés?
Oh! la lenteur m'assomme.
Veut-on? ne veut-on pas?
ARISTE, à part.
Quel insupportable homme!
GÉRONTE
Les parents d'un marquis riche, bien à la cour, Et même gentilhomme, écrivent chaque jour A Au frère de ma femme, à toute la famille, ;y Pour faire un mariage avec ma belle-fille. Je n'ai, jusqu'à présent, voulu rien écouter: Mais, morbleu I gardez-vous de me mécontenter ; Sinon, je pourrais bien leur donner audience.
ARISTE
Eh bien! mon oncle, il faut faire cette alliance.
LISIMON.
Non. Ariste a dessein de vous complaire en tout : Mais lorsque d'une affaire on veut venir à bout...
GÉRONTE
Qu'allez-vous nous chanter, l'homme aux belles
LISIMON. [maximes ?
Que vos intentions sont bonnes, légitimes : Et sans doute mon fils semble avoir un peu tort
De ne pas se résoudre à les suivre d'abord; Mais c'est un philosophe.
Oui, morbleu! dont j'enrage.
Qu'est-ce qu'un philosophe ? Un fou, dont le langage ^ N'est qu'un tissu confus de faux raisonnements; '^ Un esprit de travers, qui, par ses arguments, Prétend, en plein midi, faire voir des étoiles; Toujours après l'erreur courant à pleines voiles, Quand il croit follement suivre la vérité; Un bavard, inutile à la société.
Coiffé d'opinions et gonflé d'hyperboles, Et qui, vide de sens, n'abonde qu'en paroles.
ARISTE
Modérez, s'il vous plaît, cette injuste fureur : ( Vous êtes, je le vois, dans la commune erreur; ^ Vous peignez un pédant, et non un philosophe.
GÉRONTE
Mais je les crois tous deux taillés en même étoffe.
ARISTE
Non. La philosophie est sobre en ses discours,
Et croit que les meilleurs sont toujours les plus
Que de la vérité l'on atteint l'excellence [courts;
Par la réflexion et le profond silence.
Le but d'un philosophe est de si bien agir,
Que de ses actions il n'ait point à rougir.
11 ne tend qu'à pouvoir se maîtriser soi-même:
C'est là qu'il met sa gloire et son bonheur suprême.
Sans vouloir imposer par ses opinions,
Il ne parle jamais que par ses actions.
Loin qu'en systèmes vains son esprit s'alambiquo,
Être vrai, juste, bon, c'est son système unique.
Humble dans le bonheur, grand dans l'adversité,
Dans la seule vertu trouvant la volupté.
Faisant d'un doux loisir ses plus chères délices,
Plaignant les vicieux, et détestant les vices:
Voilà le philosophe; et, s'il n'est ainsi fait.
Il usurpe un beau titre, et n'en a pas l'effet.
GÉRONTE
Étes-vous fait ainsi?
ARISTE
Non : mais j'aspire à, l'ôtro.
LISIMON.
Mon fils gagne toujours à se faire connaître : Il est donc philosophe, ainsi que je disais;