‹ Théatre choisiChapitre 241 sur 471 · LE NOTAIRE · texte numérisé non relu

LE NOTAIRE

Oui, Madame, j'ai copié mot à mot les articles que vous m'avez donnés. Il ne s'agit plus que de remplir les noms qui sont restés en blanc.

ARAMINTE, à Lycandre.

Malgré notre petit démêlé, je veux bien encore vous tenir ma parole. Faites votre choix, Monsieur ; mais faites-le sur-le-champ, car je ne peux pas attendre un instant.

Puisque vous me pressez si vivement. Madame, je me déclare pour la charmante Bélise.

ARAMINTE, au Notaire.

Écrivez, Monsieur.

LE MARQUIS, avec transport.

Enfin donc vous allez être à moi, divine Angélique ; mes vœux sont accomplis.

NÉRINE, à part.

Peste soit de l'étourdi I

LYCANDRE, au marquis.

Vos vœux sont accomplis?

LE MARQUIS

Oui, Monsieur, je n'ai plus rien à désirer.

LYCANDRE, à Angélique.

Ni Mademoiselle non plus, apparemment?

ANGÉLIQUE

Je vois qu'il n'est plus temps de vous le cacher.

27 4 L*£NVIEUX.

NÉRINE

Autre étourderie I

LYCANDRE, à Angélique.

Je suis bien fâché de troubler votre bonheur ; mais je me suis fait violence jusqu'ici, pour contraindre Tinclination que j'avais pour vous. C'est vous seule que j'aime, et c'est vous que je demande à Madame votre tante.

bëlise.

Tant mieux. Je vous connais trop bien présentement, pour me plaindre de votre inconstance.

ARAMINTE

Et moi, je suis trop indignée contre vous, pour me soumettre à vos caprices. J'ouvre les yeux enfin sur votre caractère ; et je suis pleinement convaincue que vous ne vous déterminez pour Angélique, que parce que vous croyez qu'elle ferait le bonheur du marquis, et qu'elle seraitheureuse avec lui ; mais je ne donnerai point les mains à votre envieuse jalousie ; vous avez d'abord choisi Bélise, c'est elle que vous épouserez, ou nous romprons dès ce moment.

LYCANDRE.

Je ne connais point un plus grand malheur, que celui de me brouiller avec vous ; et, puisque vous me l'ordonnez, Madame, j'en reviens à mon premier choix. (à£é/ise.)yoilàmamain, Mademoiselle.

BÉLISE

Je n'en veux plus. Monsieur ; vous êtes indigne des sentiments que j'avais pour vous; et je déclare qu'il n'y a point de pouvoir auquel je ne résiste, si l'on veut me contraindre à vous épouser.

ARAMINTE, à Lycandre.

Je ne puis désapprouver son ressentiment ; je perds toute l'estime que j'avais pour vous, et vous venez de me convaincre, pour jamais, que rien n'est plus odieux que l'esprit, quand il est gouverné par un mauvais cœur. Vous pouvez vous retirer. Venez, Monsieur le marquis, nous allons signer votre contrat. Je suis ravie de faire votre bonheur et celui d'Angélique, et je destine à Bélise un très galant homme, qui doit la rendre la plus heureuse femme du monde.

Page 1