SCÈNE XV. Î
LYCANDRE.
En quoi donc, s'il tous plaît?
LE MARQUIS
Premièrement, il aime sa femme. En ce tempsci, c'est une grande philosophie. Il n'est point touché des invectives de sa belle-sœur ; il est content de la fortune qu'il a faite ; il ne désire que le repos ; il ne se plaît que dans son cabinet ; il travaille; il médite; il étudie; il chérit son père; il craint de l'affliger, quoiqu'il n'ait rien a espérer de lui, et qu'au contraire il le soutienne dans sa misère. 11 méprise la succession de son oncle, toute considérable qu'elle est. Attaque-t-on son mariage, veut-on le faire casser, sa sagesse se réveille : il redevient lui-môme ; il ne craint plus les brocards ; toutes ses frayeurs, toutes ses faiblesses s'évanouissent. Il brave son oncle, il affronte le public, et sacrifie tout à son honneur, à son devoir et à sa tendresse. Le voilà plus grand que jamais ; il n'est plus Philosophe marié , mais Mari philosophe,
ARAMINTE
Il commence à me séduire.
LYCANDRE.
Tous ces discours ne sont que des sophismes.
POLIDOR
Je ne saurais souffrir votre Céliante : elle est d'une folie outcée.
Doucement, Monsieur Polidor; je la prends sous ma protection, et je vous réponds qu'il y a mille femmes qui lui ressemblent.
NÉRINE, à part.
Nous n'irions pas loin pour en trouver des copies.
BÉLISE
Ce que je vous dis, je vais vous le prouver par des exemples. Écoutez-moi.
ARAMINTE
C'en est assez. Il est temps de finir.
BÉLISE
Mais, ma tante, voulez-vous que les hommes parlent et que les femmes se taisent? Cela n'est pas naturel.
272 l'envieux.
LYCANDRE.
Il me serait très facile de vous répondre, Monsieur, si le temps me le permettait ; car votre comédie n'est qu'un tissu de fautes et de platitudes....
ARAMINTE
Oh! pour ce qui est de cela, Lycandre, la passion TOUS mène trop loin. Pour moi, qui ne suis pas prévenue pour l'auteur, je ne puis m'empôcher de dire que j'ai trouvé de belles choses dans son ouvrage, et que je sens toute la force des raisons que Monsieur le marquis vient d'alléguer pour le défendre.
Quoi ! une femme d'esprit comme vous, souffre qu'on lui fasse illusion?
ARAMINTE
Non ; mais je me rends à ce qui me touche. La pièce m'a plu; je n'y saurais que faire.
LYCANDRE.
En vérité, j'en rougis pour vous.
ARAMINTE
Et moi, j'ai honte de vous voir si peu raisonnable.
LYCANDRE.
Je ne m'étonne plus si vous avez invité l'auteur à souper.
ARAMINTE
Pourquoi non?
LYCANDRE.
Vous êtes la maîtresse, assurément; mais je vous avertis que dès qu'il paraîtra, je me retirerai.
ARAMINTE
Lycandre î
LYCANDRE.
Madame ?
ARAMINTE
Vous prenez un ton qui me paraît étrange! Ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'aperçois que vous voulez tyranniser mon goût, et que vous prétendez que je n'estime que vous. Mais cela commence à me fatiguer, et je vous signifie que si vous sortez, nous ne nous reverrons plus.
LYCANDRE.
Madame....