ACTE I, SCÈNE IX
Si mes infirmités ne m'eussent retenu,
Pendant près de six mois, dans la retraite obscure
Où je mène moi-même une vie assez dure.
Si bien que vous voilà plus heureuse aujourd'hui?
LISETTE
Autant qu'on le peut être au service d' autrui.
LYCANDRE.
Hélas!
LISETTE
Vous soupirez ! Dans ma triste aventure Je ne sais quel espoir me soutient, me rassure : Mais je n'ai rien perdu de ma vivacité,
LYCANDRE.
Votre espoir est fondé. Le moment souhaité Peut arriver bientôt. La fortune se lasse De vous persécuter. Mais dites-moi, de grâce, A qui parliez-vous là, quand je suis survenu?
LISETTE
Au fils de la maison. S'il vous était connu, Vous l'estimeriez fort.
LYCANDRE.
Il a donc votre estime?
Vous rougissez!
LISETTE
Qui? moi? Me fcriez-vous un crime De lui rendre justice? '
LYCANDRE.
Il est jeune, bien fait, Uiche. Il vous voit souvent?
Oui, souvent, en effet.
LYCANDRE.
Vous êtes jeune, aimable, et sans expérience; Voilà bien des écueils!
LISETTE
Soyez en assurance.
Mon cœur est au-dessus de ma condition. J'ai des principes sûrs contre l'occasion.
LYCANDRE.
J'y compte. Mais enfin que vous dit ce jeune
LISETTE. [homme?
Il se nomme Valùrc.
LYCANDRE.
Eh, mon Dieu, qu'il se nomme Ou Valère, ou Cloon, que m'importe? 11 s'agit
De m'informer à fond des choses qu'il vous dit»
LISETTE
Qu'il m'aime.
LYC ANDRE
Est-ce là tout?
LISETTE
Oui.
LYC ANDRE
LISETTE
LYCANDRE.
C'est tout?
Oui, vous dis-je.
Vous me trompez.
LISETTE
Eh! mais... Ce reproche m'afflige.
Eh bien donc, ce jeune homme, à ne rien déguiser, Si j'y veux consentir, m'offre de m'épouser En secret.
LYCANDRE.
En secret ? Il cherche à vous surprendre. LISETTE. [rendre,
Non; je réponds de lui. Mais, bien loin de me En acceptant son cœur, je refuse sa main, A moins que ses parents n approuvent son dessein. Ils le rejetteront, le n'en suis que trop sûre; Et, pour fuir un éclat, monsieur, je vous conjure De me tirer d'ici dès demain, dès ce soir, [voir. Pour que Valère et moi nous cessions de nous
LYCANDRE.
D'un sort moins rigoureux ô fille vraiment digne I Ce que vous exigez est une preuve insigne Et de votre prudence et de votre vertu. Il faut vous révéler ce que je vous ai tu. Vous pouvez aspirer à la main de Valère, Et môme l'épouser, de l'aveu de son père.
LISETTE
Moi, monsieur?
Je dis plus; ils se tiendront heureux, Dès qu'ils vous connaîtront , de former ces beaux
[nœuds, Et, respectant en vous une haute naissance. Ils brigueront l'honneur d'une telle alliance.
LISETTE. [mort,
Vous vous moquez de moi. Pourquoi, jusqu'à sa