SCÈNE XV
LE COMTE, LISïMOiN, PASQUIN.
LISIMON, à Pasquin.
Le comte de Tuûère est-il ici, mon cœur?
PASQUIN
Oui, monsieur, le voici.
lu comte se Itve nonchalamment, et fait un pas au-devant de Lisimon, qui l'embrasse.) LISIMON.
Cher comte, serviteur.
LE comte/ ù Pasquin,"
Cher comte! Nous voilà grands amis, ce me semble.
LISIMOir.
Ma foi, je suis ravi que nous logions ensemble^
LE COMTE, froidement J'en suis fort aise aussi.
LISIMON
Parbleu, nous boirons bien.
Vous buvez sec, dit-on? Moi, je n'y laisse rien. Je suis impatient de vous verser rasade. Et ce sera bientôt. Mais ôtes-vous mdade? A votre froide mine, à votre sombre accueil...
LE COMTE, à Pasquin, qui présente un siège.
Faites asseoir monsieur... Non, offrez le fauteuil. 11 ne le prendra pas; mais...
LISIMON.
Je vous fais excuse.
Puisque vous me l'offrez, trouvez bon que j'en Que je m'étale aussi; car je suis sans façon , [use ; Mon cher, et cela doit vous servir de leçon ; Et je veux qu'entre nous toute cérémonie. Dès ce même moment, pour jamais soit bannie. Oh çà, mon cher garçon, veux-tu venir chez moi? Nous serons tous ravis de dîner avec toi.
LE COMTE
Me parlez-vous, monsieur?
LISIMON.
A qui donc, je te prie? A Pasquin?
LE COMTE
Je l'ai cru.
LISIMON.
Tout de bon ? Je parie Qu'un peu de vanité t*a fait croire cela?
LE COMTE
Non; mais je suis peu fait à ces manières-là.
LISIMON.
Oh bien, tu t'y feras, mon enfant. Sur les tiennes, A mon âge, crois-tu que je forme les miennes?
LE COMTE
Vous aurez la bonté d'y faire vos efforts.
LISIMON.
Tiens, chez moi le dedans gouverne le dehors. Je suis franc.
LE COMTE
Quant à moi j'aime la politesse.
LISIMON.
Moi, je ne l'aime point; car c'est une traîtresse Qui fait dire souvent ce qu'on ne pense pas. Je hais, je fuis ces gens qui font les délicats, Dont la fière grandeur d un rien se formalise, Et qui craint qu'avec elle on se familiarise ; Et ma maxime, à moi, c'est qu'entre bons amis Certains petits écarts doivent être permis.
D'amis avec amis on fait la différence.
LISIMON.
Pour moi, je n'en fais point.
LE COMTE
Les cens de ma naissance Sont un peu délicats sur les distinctions, Et je ne suis ami qu'à ces conditions.
LISIMON. , [comte.
Ouais! VOUS le prenez haut. Écoute, mon cher Si tu fais tant le fier, ce n'est pas là mon compte. Ma fille te plaît fort, à ce que l'on m'a dit; [prit; Elle est riche, elle est belle, elle a beaucoup d'es- Tu lui plais; j'y souscris du plus fort de mon âme. D'autant plus que par là je contredis ma femme, Qui voudrait m'engendrer d'un grand complimen-
[teur.