LE COMTE, PHILINTE
PHILÏNTE, faisant plusieurs révérences.
Je ne viens vous troubler dans vos réflexions Que pour vous assurer de mes soumissions, Monsieur. Depuis longtemps je vous dois cet hom- Èt je ne le saurais différer davantage. [mage,
LE COMTE
Très obligé, monsieur. D'où nous connaissons-nous?
PHILINTE
Si je n'ai pas l'honneur d'être connu de vous,
J'aurai bientôt celui de me faire connaître Mon nom n'impose pas; mais...
Gela peut bien être.
PHILINTE
Tel qu'il est, puisqu'il faut qu'il vous soit décliné,
(en faisant une profonde révérence.)
Je m'appelle Philinte.
LE COMTE
Oh! j'ai donc deviné.
Je vous ai reconnu d'abord aux révérences.
PHILINTE, d'un air très-humble.
Je ne puis vous marquer par trop de déférences Combien je vous honore.
LE COMTE
Et vous avez raison.
Mais de quoi s'agit-il? Parlez-moi sans façon.
PHILINTE
Valère est mon ami; vous le savez, je pense.
LE COMTE
Que m'importe cela?
PHILINTE
Tantôt en sa présence, Si j'en crois son rapport, et j'en suis peu surpris, Vous m'avez honoré... d'un assez grand mépris.
L& COMTE
Il vous exaltait fort; moi, j'ai dit ma pensée. Votre délicatesse en est-elle blessée?
PHILINTE, faisant la révérence.
Ah ! monsieu r ! point du tout : j e me connais ; je croi Qu'on peut avec raison dire du mal de moi. Mais on ajoute encore, à l'égard d'Isabelle, Que vous me défendez de revenir chez elle.
LE COMTE
Voilà précisément ce que j'ai prétendu Qu'on vous dît.
PHILINTE
Je croyais avoir mal entendu.
LE COMTE
Pourquoi ?
PHILINTE
Vous exigez un cruel sacrifice, Et je doute bien fort que je vous obéisse. LE COMTE, d'un air railleur.
Vous en doutez, monsieur?