SCÈNE II
ORONTE, NÉRiNE.
Qu'est-ce que cela veut dire, monsieur? Je viens de voir là-bas je ne sais combien de gens qui s'enivrent. Quels gosiers ! Ils ont déjà vidé
fil us de trente bouteilles, et ils se plaignent qu'on es laisse mourir de soif. Qui sont donc ces gens-là?
Ce sont des danseurs et des musiciens.
NÉRINE
Ils boivent comme des Templiers.
ORONTE
Eh bien! ne font-ils pas leur métier?
NÊRlNE.
Surtout quand ils boivent aux dépens d'autrui. J'aurais dû les reconnaître à cela. Mais, monsieur, par quelle fantaisie, s'il vous plaît, faites-vous venir chez vous cette troupe bachique ? Est-ce que vous donnez le bal ce soir?
ORONTE
Oui, mon enfant, je veux donner une espèce de bal chez moi, ou plutôt un petit concert mêlé de danse. C'est pour cela que j'ai fait venir ces danseurs et ces musiciens.
NÉRINE
Envoyez donc dire qu'on leur ôte le vin ; car, s'ils continuent comme ils ont commencé, vous serez obligé de les faire emporter chez eux.
ORONTE
Va, ne te mets pas en peine; plus ils boivent, mieux ils s'accordent.
NÉRINE
A la bonne heure î Et comment avez-vous pu vous résoudre à faire chez vous un semblable appareil, vous qui étiez ennemi juré de ces sortes ae divertissements?