ACTE I, SCÈNE I
ANGÉLIQUE
Tous ceux qui le connaissent.
LE BARON
Et moi, je vous dis qu'il fait l'admiration de la province.
C'est ce qui fait que je ne Tadmirerai point. Si vous saviez quelle différence il y a entre les beaux esprits de campagne et ceux de Paris !... Mais il n'est point question de cela. Généralement parlant, tout homme qui fait son capital du bel esprit, a souverainement le don de me déplaire ; à plus forte raison un provincial entiché de ce ridicule.
LE BARON
Ouais ! Mademoiselle de Vieuxbois, vous êtes bien délicate! Comment faut-il donc qu'un homme soit fait pour vous plaire ?
ANGÉLIQUE
Comme Léandre. Qu'il soit honnête homme, qu'il ait vécu dans le monde, et qu'il y ait acquis cette politesse, ces manières aisées, nobles et gracieuses, qui ne tiennent rien de la sotte présomption, du ridicule et de l'affectation de la plupart des gens de province.
LE BARON
Ah I si votre mère vous entendait raisonner de la sorte !...
ANGÉLIQUE
Aidez- moi à la désabuser de monsieur des Mazures. Je me jette à vos genoux pour obtenir cette grâce, et je me flatte que vous ne me la refuserez pas.
LE BARON
Je vous aime, ma fille, et je ferai de mon mieux pour que l'on ne force point vos inclinations.
Daignez dire quelques mots en faveur de Léandre?
LE BARON
Mais je ne le connais que de réputation. S'il était ici, je soutiendrais mieux sa cause.
ANGÉLIQUE
Eh bien! promettez-moi de prendre son pnrli,
et je VOUS promets qu'il vous appuiera bientôt luimôme.
LE BARON
Gomment cela se peut-il, s*il est à Paris ?
ANGÉLIQUE
Il n'est pas si loin de nous que vous le croyez. Mais je ne puis vous en dire davantage à présent; voici ma mère.