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ACTE I, SGÈl^E I

ANGÉLIQUE

Non, mon père, je ne m*y ennuie pas, et te sé-

i'our aurait mille agréments pour moi, si on ni'y aissait disposer de moi-môme; mais à peine suisje arrivée, qu'on parle de me marier, et avec oui ? avec un provincial! Que dis-je, un provincial? un campagnard ! Et qui pis est, un campagnard bel espnt ! Quelle société pour une fille comme moi, élevée dans le grand monde, et accoutumée au commerce des gens de la cour et do Paris, les plus polis et les plus spirituels !

LE BARON

Je te le disais bien, ma pauvre fille ; Féducation qu'on t'a donnée te renora malheureuse. Tu as trop d'esprit et de perfections pour ce pays-ci.

ANGÉLIQUE

Eh! pourquoi voulez- vous donc m'y attacher?

LE BARON

Moi ? je ne veux rien ; c'est ma femme qui veut.

ANGÉLIQUE

N'ôtes-vous pas le maître ?

LE BARON

Oui, corbleu, je le suis !

ANGÉLIQUE

Mais ma mère vous engage toujours à être de son avis?

LE BARON

Je n'ai point honte de l'avouer; c'est une femme d'un mérite prodigieux, d'une raison et d'un jugement au-dessus de son sexe ; une femme qui m'aime à l'adoration, quoiqu'il y ait vingt-cinq ans que nous soyons mariés.

ANGÉLIQUE

Ah! s'il m'était permis de vous parler naturellement...

Hé bien, que me dirais- tu?

ANGÉLIQUE

Que ma mère abuse de votre facilité.

LE BARON

Et en quoi, s'il vous plaît ?

ANGÉLIQUE

En ce qu'elle vous fait rompre un mariage très avantageux, que ma tante avait ménagé pour moi

à Paris, et vous force à me faire épouser un personnage qui ne me convient en aucune façon.

LE Baron.

Corbleu, madame votre mère a raison! GeLéandre dont vous êtes coiffée n'est point du tout votre fait. Sera-t-il dit qu'un petit gentilhomme qui n'a que trois cents ans de noblesse, épousera la fille du baron de Vieuxbois, tandis que monsieur des Mazures, le plus bel esprit du Poitou, s'offre à vous épouser ? C'est une alliance digne de moi, de votre mère et de vous. Vous savez quelle est notre délicatesse sur la naissance. 11 y a quatre cents ans que dans ma famille nous sommes gueux de père en fils, pour n'avoir pas voulu nous mésallier, et je refuserais pour mon gendre le plus riche parti de France, qui ne pourrait pas me prouyer que ses ancêtres ont marché aux premières croisad!es.

ANGÉLIQUE

Quel entêtement I Le mérite se mesure-t-îl à l'ancienneté des familles ? Pour moi, je pense bien différemment : je ne trouve la vraie noblesse que dans le cœur et l'esprit; d'ailleurs, Léandre est bon gentilhomme.

LE BARON

Vous le croyez fort noble parce que vous Taimez.

ANGÉLIQUE

Oui, je l'aime, je ne m'en défends point. Ma tante m'avait prévenue en sa faveur, et il répondait parfaitement à l'idée qu'elle m'avait donnée de lui. Ah! mon père, souffrirez-vous qu'on m'arrache à ce que j'aime, pour me sacrifier à ce que je n'aimerai point?

LE BARON

Ne te désespère pas, mon enfant ; tu verras aujourd'hui monsieur des Mazures, et je te réponds qu'il te charmera.

ANGÉLIQUE

Et moi, je vous réponds qu'il me paraîtra tel qu'il est, c'est-à-dire le plus suffisant, le plus fat et le plus ridicule de tous les hommes.

LE BARON

Vraiment, voilà un beau portrait que vous faites de votre futur mari! Eh ! qui vous l'a dépeint de la sorte ?

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