ACTE I, SCÈNE II
LA BARONNE
Gela est bien difûcile à deviner! Ses maux sont: rabsence, Timpatience, les inquiétudes, les peines, les tourments de Famour. N'est-il pas vrai, Monsieur le baron ?
LE BARON
Gela s'entend, m 'amour.
ANGÉLIQUE
Gomment puis-je lui causer tous ces maux, puisqu'il ne m'a jamais vue?
LA BARONNE
Quelle absurdité pour une fille d'esprit ! Sur le récit que nous lui avons fait, il s'est formé de vous une idée charmante : cette idée le presse, l'agite, le met tout en feu; et, quand une personne est tout en feu, vous m'avouerez qu'elle n'est pas à son aise ! Je sais ce que c'est que ces états-là (regardant tendrement le baron,) j'y ai paSSé, mon chcr
baron.
LE BARON, Tembrassant.
Et moi aussi, mon aimable baronne.
LA BARONNE, à Angélique.
Gontinuez.
ANGÉLIQUE Ht.
Vamow\ jour et nuit^ me lutine^
Et rrCa tout criblé de ses traits ;
Mais l'épouse qu'on me destine Va me mettre à couvert de sa main assassvie Sous le retranchement de ses divins attraits.
Get endroit-ci n'est pas clair, mais c'est ce qui en fait la beauté.
LE BARON
Assurément. Quand je lis quelque chose, et que je ne l'entends pas, je suis toujours dans l'admiration.
LA BARONNE, à Angôliq[ue.
Achevez.
ANGÉLIQUE
Dispensez-m'en, s'il vous plaît.
LA BARONNE
Achevez, vous dis-je. 11 semble que vous ayez perdu le goût des bonnes choses.
Destouches. 2 2
ANGÉLIQUF. lit.
La charmante Angélique est si spirituelle^ Qu'on est charmé^ dit-on, de tout ce qu'elle dit : Ainsiy puisque l hymen va m'unir avec ellcj T épouse non un corps, mais f épouse un esprit,
LA BARONNE
En vérité, voilà une pointe admirable; et je n'ai rien lu de plus fin dans le Mercure galant!
LE BARON
Oh, cela est divin, cela est divin I
Je voudrais bien savoir si vos beaux esprits de Paris sont capables de produire d'aussi jolies choses ?
ANGÉLIQUE
Non, en vérité, Madame; ils ont le goût trop simple pour raffiner de la sorte.
LA BARONNE
Vous m*avouerez qu'un homme de qualité qui fait de si beaux vers, doit trouver bientôt le chemin de votre cœur.
ANGÉLIQUE
Je vous jure qu'il n'en approchera pas, s'il n'a point d'autre mérite que celui-là.
LA BARONNE
Il me paraît que l'air de Paris vous a donné bien de la suffisance I
ANGÉLIQUE
Non, Madame ; mais il m'a formé le goût.
LA BARONNE
Vous nous prenez donc pour des grues, nous autres gens de province ?
ANGÉLIQUE
A Dieu ne plaise I mais vous êtes si prévenue pour monsieur des Mazures, qu'il se peut que vous lui trouviez des perfections qu'il n'a point.
LA BARONNE
Je défie Paris et la cour de produire un cavalier plus accompli; vous allez en juger par vous-même. La plus grande preuve que je puisse vous donner de son esprit, c'est qu'il ne vous épouse que parce qu'il vous en croit infiniment.
ANGÉLIQUE
Il sera bientôt détrompé de la bonne opinion qu'il a de moi.