‹ Théatre choisiChapitre 34 sur 471 · ISABELLE, NÉRINE, CLÉON · texte numérisé non relu

ISABELLE, NÉRINE, CLÉON

L'EPINE, en habits de danseurs; l'Épine est ivre.

l'Épine.

Allons ! monsieur, du courage I il faut faire main basse sur ces deux filles-là.

CLÉON

Tais-toi, maraud ! et songe à demeurer dans le respect.

l'épine.

Ma foi ! j'ai bien bu. Le respect et le vin ne vont guère de compagnie.

CLÉON

Je crains que cet ivrogne-là ne dérange mes projets. Que je suis malheureux d'avoir besoin de toi!

ISABELLE

Qui sont ces gens-là, Nérine?

NÉRINE

Ce sont deux de ces danseurs que monsieur votre père a fait venir. Ils se sont habillés pour vous divertir, apparemment.

l'épine.

Oui, mes princesses, nous allons vous donner un petit moment de récréation.

NÉRINE

Je connais ce visage-là.

l'épine.

Visage ! Oh ! visage vous-même !

CLÉON, à rÉpine.

Te tairas-tu ?

ISABELLE

Qu'entends-je ? C'est la voix de Cléon ; c'est lui que j '-aperçois. Ah ciel I

CLÉON

Ne vous effrayez point, ma chère Isabelle ; oui,

c'est Cléon qui se présente devant vous, et qui a franchi des obstacles insupportables, pour se procurer le plaisir de vous voir.

ISABELLE

Vous ne pouviez me surprendre plus agréablement. Ma joie est si grande, quej'ai peine à parler; mais elle est cruellement traversée parla peur que j'ai que mon père ne vous surprenne.

CLÉON

Ne vous alarmez pas, je vous en conjure; ce déguisement me cache si bien à ses yeux, qu'il ne soupçonnera point que je sois ici; outre qu'il m'a vu trop rarement pour me reconnaître en cet état.

ISABELLE

Et comment avez-vous fait pour vous introduire céans?

CLÉON

J'ai su qu'il faisait venir chez lui des danseurs et des musiciens; je les ai engagés par quelque argent à m'y introduire comme un de leurs camarades. J'ai cru qu'il était à propos que l'Epine fût de la partie pour figurer avec moi. Il ne danse pas mal : je m'en tire passablement bien, et nous devons paraître l'un et l'autre dans le petit divertissement qu'on a préparé.

NÉRINE

Et comment l'Epine pourra- 1- il vous seconder? Il est si ivre qu'il ne peut pas se soutenir.

l'épine.

Que cela ne vous embarrasse point. Je n'ai jamais l'esprit si présent que quand j'ai bien bu. Ma foi, j'étais né pour être musicien.

NÉniNE.

11 y paraît, tu t'es fort bien accommodé làbas.

ISABELLE

Cet homme-là vous découvrira infailliblement.

l'épine.

Eh ! fi donc! Est-ce que je ne sais pas bien que

à^^ monsieur votre père, sauf correction, est un brutal

- qui ne veut pas que vous voyiez mon maître, et

que mon maître a une rage d'amour qui l'oblige

à vous voir malgré monsieur votre père. Par con-

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