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ACTE I, SCÈNE VIL

LA PRÉSIDENTE^ d'un ton précieux.

Juste ciel i Que me proposez-vous, madame la Comtesse ?

LA COMTESSE

Hé 1 de grâce, Madame la Présidente,

Mais, en vérité, vous me rendez confuse, Madame la Comtesse.

LA COMTESSE

Mais^ Madame...

LA PRÉSIDENTE

Mais, Madame...

LA COMTESSE

Je m'en vais donc m'en retourner.

LA PRÉSIDENTE

Et moi aussi, je vous assure.

M. DES MAZURES, se mettant entre elles.

Je vois bien. Mesdames, qu'il vous faut l'entremise d'un homme de tête, pour ajuster ce difTérend. Donnez-moi la main l'une et l'autre.

(Elles lui donnent la main, et illes tire toutes deux ensemble sur le théâtre ; après quoi, le Comte et le Président font les mêmes cérémonies à la porte : le Baron et la Baronne allant tantôt à Tun et tantôt à l'autre, pour les faire passer.)

LE COMTE

Monsieur le Président, j'espère que vous ne serez pas si cérémonieux que madame la Présidente?

LE PRÉSIDENT

Monsieur le Comte , je fais aussi bien mon devoir que ma chère épouse.

LE COMTE, d'un ton brusque.

Oh I parbleu, vous passerez !

LE PRÉSIDENT, d'un ton doucereux.

Sur mon honneur, je ne passerai pas!

LE COMTE, s'appuyant d'un côté delà porte.

Je demeurerai donc ici jusqu'à ce soir.

LE PRÉSIDENT, s'appuyant de l'autre côté.

Et moi, je garderai mon poste jusqu'à demain matin.

LE COMTE

Tétebleu 1 on m'assommera plutôt que de me faire démarrer d'ici !

LE PRÉSIDENT

Et on m*écorchera tout vif, plutôt que de me faire déguerpir !

M. DES MAZURES.

Vous verrez, Messieurs, que je suis destiné à terminer ici toutes les disputes de civilité !

(il sort, leur donne la main comme aux dames, pour les faire passer tous deux, ensemble : ils résistent l'un et l'autre, et il les tire si fort, qu'il fait un faux pas, tombe, et les entraîne avec lui.)

LE BARON, accourant.

Ah, Messieurs ! Ne vous étes-vous pas blessés ?

LA COMTESSE, relevant son mari.

Mon cher Comte !

LA PRÉSIDENTE

Mon cher époux !

LA BARONNE, courant à M. des Mazures.

Mon cher cousin !

M. DES MAZURES, se relevant avec peine.

C'est une chose belle que la politesse I Croiriezvous bien qu'elle ne règne plus que dans les provinces? Vivent les provinces pour les manières ! On se pique, à Paris, d'un petit air aisé, qui est la grossièreté môme.

LA COMTESSE

Vous me surprenez. Je croyais que c'était à Paris, où l'on apprenait les belles manières.

M. DES MAZURES.

Eh ! fi donc, avec votre Paris ! on n'y a pas le sens commun. Le diable m'emporte, madame, si on y sait ce que c'est que la cérémonie ! Qu'un homme de qualité comme moi, par exemple, passe dans vingt rues de suite, il ne se trouvera pas un faquin qui le regarde, ni qui s'avise de le saluer. Les conditions n'y sont point distinguées. Un petit commis de la douane y marche aussi fièrement qu'un colonel ; et vous prendriez une procureuse au Châtelet pour une présidente.

LA PRÉSIDENTE

Pour une présidente? Mais, en vérité, cela est monstrueux !

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