ACTE I, SCÈNE Vil
fait des politesses comme ici ? Point du tout : c*est à qui entrera, ou à qui sortira le premier.
LÀ COHTESSR, d'an air d'étonnement.
Ah ! ah ! Quelle grossièreté !
M. DES MAZURES.
Je veux ôtre un coquin» Madame, si je n'en suis scandalisé jusqu'au fond du cœur 1 La première visite que je rendis à Paris, ce fut chez une dame de condition, qui a l'honneur d'ôlre un peu de mes parentes. Vous jugez bien que je pris la précaution de me faire annoncer, afin qu'on me fît les civilités qui m'étaient dues. Je crus qu'au nom de monsieur des Mazures il s'allait faire un mouvement général, et que chacun se lèverait pour m'offrir sa place...
LA BARONNE
Cela était dans l'ordre.
M. DES MAZURES.
Je veux être damné, si, de dix hommes et autant de dames qui jouaient dans la salle, une seule âme se leva pour me faire honneur ! La dame du logis, sans quitter ses caries, ni souffrir que personne s'interrompît, se contenta de s'écrier : Holà, quelqu'un, approchez un siège à monsieur ! Ensuite, après m'avoir invité légèrement à m'asseoir, elle se remit à jouer sur nouveaux frais, sans qu'elle, ni qui que ce soit de la compagnie, s'avisât de me faire le moindre compliment, ni de me fournir l'occasion de faire briller mon esprit.
LA PRÉSIDENTE
Mon Dieu ! que de belles pensées perdues I
C'était un meurtre, car j'étais tout rempli de choses admirables. Quand je sortis, je fis grand bruit, afin que tout le monde se levât pour me reconduire...
LE BARON
Hé bien ?
M. DES MAZURES.
Bon ! J'étais hors de la salle, qu'on ne s'était pas seulement aperçu que je me fusse levé. J'allai dans deux ou trois autres maisons : croiriezvous bien que j'y fus reçu avec aussi peu de cérémonie?
LA COMTESSE
En vérité? Cela crie vengeance!
M. DES MAZURES.
Ohl je me vengeai bien aussi...
LE BARON
Et de quelle manière ?
M. DES MAZURES.
Parbleu, je ne restai que vingt- quatre heures à Paris, et j'en partis pour aller à la cour I
LA PRÉSIDENTE
Je crois que tout Paris fut bien mortifié?
Ah I je vous en réponds I
LA COMTESSE
Voilà comme il faut montrer à vivre à une ville impolie.
M. DES MAZCRES.
Mais, le feu de la conversation m'entraîne et me fait oublier que mon soleil n'est point ici; Ne puis- je savoir en quels lieux Il fait briller le feu des rayons de ses yeux?
LA BARONNE
Je crois, Dieu me le pardonne, qu'il nous parle en vers !
LA COMTESSE
Vraiment oui, Madame, cela ne lui coûte rien.
M. DES MAZURES.
La langue des dieux est ma langue maternelle.
LA COMTESSE
Qu'il a d'esprit I
M. DES MAZURES, d'un air de confiance.
Ohl Madame...
LA PRÉSIDENTE
Il en a plus qu'il n'est gros.
M. DES MAZURES.
Mais, mais. Madame...
Il est toujours brillant, et toujours nouveau.
M. DES MAZURES.
Oh, palsambleu ! Madame... je vais bien m'exercer avec le bel ange qu'on me destine, car on dit que c'est un prodige ?
LA BARONNE
Écoutez ; ce n'est pas parce que c'est ma fille,