ACTE If, SCÈNE II
LE BARON, le regardant d'un œil courroucé.
Cela est bien effronté!
LA. BARONNE
Et d'ajouter cent sottises sur ce sujet.
Oui-dà? Oh! vous aviez raison de le chasser, et je veux qu*il sorte.
LA BARONNE
Je ne vous fais ce récit, mon cœur, que pour vous prouver que c'était par bonnes raisons que je lui donnais son congé.
LE BARON
Très bonnes. Je veux qu'il sorte.
LA BARONNE
Et qu'il n'y avait qu'un excès de complaisance pour vous, qui pût me forcer à lui pardonner.
LE BARON
Très obligé. Je veux qu'il sorte.
LA BARONNE
Mais, mon cœur, puisque vous m'avez engagée à oublier cette offense, voilà qui est fait, je n'y pense plus.
LE BARON
N'importe ! Il ne faut point garder un impertinent comme celui-là.
LA BARONNE
Pardonnez-moi, mon cœur; c'est un joli garçon, comme vous le disiez tout à l'heure. Il nous sera fort utile, et je tâcherai de m'en accommoder.
LE BARON
Non pas, s'il vous plaît ; je ne puis souffrir d'insolence chez moi. Je veux qu'il sorte !
LA BARONNE, d'un rire forcé.
Oh ! il ne sortira pas !
LE BARON
Non?
LA BARONNE
Non, VOUS dis-je.
LE BARON
Corbleu, cela sera, si je l'ai résolu!
LA BARONNE
Je le sais bien, mon cher Baron ; mais je vous prierai tant, je vous prierai tant de pardonner à
ce pauvre garçon, que vous aurez cette bonté-là pour moi.
LE BARON
Ah I si vous m'en priez, c'est une autre affaire . Mais vous êtes trop bonne.
LA BARONNE
Cela est vrai.
LE BARON
Trop indulgente, trop facile.
LA BARONNE
J'en demeure d'accord.
Vous n'avez non plus de fiel qu'un pigeon.
LA BARONNE
Que voulez-vous? 11 vaut mieux pécher par trop de bonté que par trop de rigueur 1
LE BARON
Que cela est bien dit! Sans adieu, m'amour ; je m'en vais rejoindre la compagnie.
LA BARONNE, le baisant.
Jusqu'au revoir, mon cœur.
LE BARON
Vous êtes une femme impayable !
l'olive.
Oh! Morgue, elle vaut tout au moins son pesant d'or.