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ACTE III, SCÈNE YI

M. DES MAZURES.

Oh ! pour celui-là, je vous en réponds ! C'est un talent que le ciel n'accorde pas deux fois en un siècle.

LA COMTESSE

Pour moi, je tiens que vous êtes le phénix du nôtre. Je veux absolument que vous m appreniez à faire des impromptus.

M. DES MAZURES.

De tout mon cœur. Je crois que vous y réussirez à merveille. 11 ne faut que de la vivacité et de la hardiesse.

LA COMTESSE

Dieu merci, j'en suis bien pourvue. J'ai de la théorie ; il ne me manque que la pratique.

M. DES MAZURES.

Je vous la donnerai. Deux ou trois leçons vous rendront plus habile que moi.

LA COMTESSE

Vous aurez du moins une écolière bien docile. Essayons un peu si j'ai quelque disposition. Quel sujet prendrons-nous?

M. DES MAZURES.

Faisons une petite églogue amoureuse, entre un berger et une bergère ; vous serez la bergère Cloris, et je serai le berger Tyrcis.

LA COMTESSE

Rien n'est mieux pensé. Il faut prendre, apparemment, un ton bien tendre ?

M. DES MAZURES.

A fendre les pierres ! Mais, malgré la tendresse, il faut que l'esprit domine : de Tesprit à chaque hémistiche.

LA COMTESSE

Vous avez raison : c'est le goût des auteurs à la mode. Supposons donc, par exemple, que nous nous aimons tendrement, vous et moi...

M. DES MAZURES, l'embrassant.

Oui, supposons cela, ma belle comtesse.

LA COMTESSE

Et que nous nous exprimons notre amour en gardant nos moutons. Nous sommes couchés nonchalamment sur un vert gazon, à l'ombre d'un ormeau, le long d'un clair ruisseau. Notre pas-

sion est si violente, qu'elle nous ôte la parole ; mais nos tendres regards expriment nos désirs. Enfin, cédant aux transports les plus doux... vous rompez le silence, pour me faire mieux comprendre l'excès de votre amour.

M. DES MAZURES.

Vous y voilà. Parbleu I quand je vous aurais donné le sujet, il ne serait pas mieux imaginé I

Allons, commencez, mon berger.

M. DES MAZURES.

M'y voici :

Ah! plaignez mon malheur, trop aimable bergère, Le loup m'a dérobé ma brebis la plus chère,..

LA COMTESSE

Ah! berger... Voilà mon mari!

M. DES MAZURES,

Le vilain berger !

LA COMTESSE

Il vient bien mal à propos 1 Que ne nous laissaitil le temps de finir?

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