ACTE III, SCÈNE XIII
LA COMTESSE
Interrogez Madame la présidente?
LA PRÉSIDENTE
C'est à mon cher époux à parler le premier.
LA BARONNE
Vos cérémonies me tuent. Faut-il tant de façons pour dire un oui ou un non ?
H. DES MAZURES.
Ne voyez-vous pas, Madame, qu'on n'ose vous faire rougir, en vous avouant la vérité?
LE PRÉSIDENT
Si nous disons la vérité. Monsieur des Mazures, ce sera vous qui rougirez, assurément.
M. DES HAZURES.
Moi, je rougirai?
LE PRÉSIDENT
Oui, vous devriez faire amende honorable à Mademoiselle Angélique, car je prononce qu'elle a tout l'esprit qu'on peut avoir.
LA PRÉSIDENTE
C'est un prodige de science.
LA COMTESSE
Sa science et son esprit sont ornés de toutes les grâces qu'on admire dans les personnes les plus charmantes. Paris et la cour ne peuvent rien offrir de plus parfait.
LA BARONNE
Eh bien, monsieur des Mazures?
M. DBS MAZURES.
Bon ! bon ! Ne voyez-vous pas qu'on se moque de vous ?
LE PRÉSIDENT
Nous moquer de Madame? Nous avons trop de respect pour elle.
H. DES MAZURES.
Vous la flattez donc ?
LA COMTESSE
Nous disons la pure vérité ; et il est étonnant. Monsieur des Mazures, qu'avec tout l'esprit que vous avez, vous ayez pris le change à ce point-là. Mademoiselle est une fille accomplie.
M. DES MAZURES.
Oh! Vous me feriez devenir fou! Je sais bien ce
que j'ai vu ! je sais bien ce que j'ai entendu! je ne rêvais point, et je ne rôve point encore.
LA BARONNE
Voilà une opiniâtreté que je ne puis plus soutenir. Allez, Monsieur, vous ne méritez pas Testime que j'avais pour vous, et je commence à me repentir...
M. DES MAZURES.
Oui, oui, fâchez-vous! fâchez-vous 1 Je ne suis point dupe, je vous en avertis 1 Vous avez beau vous entendre tous, tant que vous êtes, on ne m'en donne point à garder.
LA BARONNE
Oh I c'est pousser ma patience à bout.
M. DES MAZURES.
J'en suis fâché.. . Mais la petite Babet. . .
LA BARONNE
Quoi, la petite Babet?
M. DES MAZURES.
Ahl ah! ceci vous étonne? La petite Babet n'est pas une idiote, elle! Je vous la donne pour la plus fine peste qu'il y ait au monde.
LA BARONNE
Qu'a de commun Babet avec Angélique ?
Vous feignez de ne me pas entendre? Mais il ne fallait pas parler devant Babet. 11 n'y a plus d'enfants, je vous en avertis.
LA BARONNE
Je veux mourir, si je sais ce qu'il me veut dire; mais, puisque vous ne voulez croire ni Monsieur le président, ni ces dames, ni moi, nous avons ici le moyen de vous confondre. Approchez, Angélique; il n'est plus question de garderie silence; voyons si vous êtes une bête?
ANGÉLIQUE
Hélas! Je ne sais plus ce que je suis.
LA BARONNE
Comment donc? Parlez, parlez; faut-il tant presser une fille de parler ?
ANGÉLIQUE
Que vous dirai-je? Tout ce que je puis vous dire, c'est que je suis au désespoir.