ACTE ÏII, SCÈNE XIII
LA BARONNE
Au désespoir ! Et pourquoi ?
ANGÉLIQUE
Je suis dans une tristesse, dans une mélancolie qui m'arrache des larmes.
(Elle pleure.) LA BARONNE,
Ehl mon Dieu! quVt-elle donc?
Elle rentre dans ses vapeurs.
LA BARONNE
Vous vous moquez de moi, avec vos vapeurs !
ANGÉLIQUE
Oui, quand je vois ce monsieur des Mazures, je le trouve si plaisant, si original, si comique, que je ne puis m empêcher de rire. Ah, ah, ah.
(Elle rit démesurément.) LA BARONNE.
Oh ciel! Est-ce que l'amour lui aurait tourné r esprit?
ANGÉLIQUE, prenant monsieur des Mazuros par la main.
Ne vous désespérez pas, mon cher Léandre.
M. DES MAZURES.
Moi, Léandre?
ANGÉLIQUE
Ne vous désespérez pas, vous dis-je. Il lève les yeux au ciel! La rage est peinte sur son visage! Queva-t-il faire? 11 lire son épéel 11 veut se percer le cœur! Ah, cruel I Ah, barbare! Perce donc le mien, avant que de te priver du jour. Oui, je veux expirer...
(m. des Mazures fuit d'un autre côté, et elle court
après lui.)
sous tes coups. Mais l'ingrat me fuit, il m'échapçe pour exécuter son dessein tragique. Non! non! je ne t'en donnerai pas le loisir; je te suivrai partout; j'arrêterai ton bras, ou ton bras nous assassinera Tun et l'autre. Veux-tu que je vive après toi, pour me livrer à des Mazures? Non? Donnemoi cette épée...
(Elle arrache l'épée de M. des Mazures.)
dont tu veux te servir pour me priver de ce que j'aime, j'en veux faire un meilleur usage, et je vais percer le cœur de ton rival.
'i66 LA FiUSSE AGNÈS.
(EUc court après le président, qui fuit dc\ant elle.) LE PRÉSIDENT.
Arrêtez I Mademoiselle, vous me prenez pour un autre; je ne suis point le rival de Léandrel Je suis un grave magistrat, un président de Télection !
(Angélique le laisse, et ta se jeter dans le fauteuil, toute hors
d'haleine.) LA PRÉSIDENTE.
Ah! mon cher époux, ôtes-vous mort?
LE PRÉSIDENT
Je crois que non, ma chère épouse ; mais je n'en vaux guère mieux.
M. DES MAZURES.
Parhleu, j'allais faire un beau mariage ! Épouser une bote enragée! Je vous baise la main, madame la baronne.
LA BARONNE
Hélas I mon cousin, attendez un moment, que nous voyions ce que ceci deviendra.
H. DES MAZURKS.
Je suis votre valet. Si elle m'allait reconnaître !
LA BARONNE
Eh bien, tâchez de lui ôler votre épéel
M. DES MAZURES.
Dieu m*en préserve ! Je lui en fais présent, du meilleur de mon cœur.
LA BARONNE
Ma fille, ma chère Angélique, rappelez vos sens, reconnaissez-moi ?
ANGÉLIQUE jette l'épée, que M. des Mazuros prend au plus vite, et elle feint de revenir
à elle-mômo.
Ahl mon cher père, mon cher père...
LA BARONNE
Hélas ! Elle me prend pour monsieur le baron I
ANGÉLIQUE, se jetant aux genoux de sa mère.
En quel état me réduisez- vous? Ayez pitié de ma faiblesse. Je ne vous Tai point cachée. Mes larmes et mes soupirs vous en avaient instruit, avant que ma bouche vous l'eût confirmée ; mais vous m'avez abandonnée à l'autorité d'une mère inflexible, qui veut que sa volonté règle les mou-