SCÈNE II
JULIE, FINETTE
JULIE
Eh bien ! qu'a dit Cléon du dessein de mon père?
FINETTE
Je n'ai pu lui parler ; une importante affaire L'empêche de donner audience aujourd'hui.
JULIE
Mon père me désole, et veut rompre avec lui, Voyant qu'à nos avis il ne veut pas se rendre.
FINETTE
Votre père a raison; mais il devrait attendre. Cléon n'a pas encore dissipé tout son bien. Nous romprons avec lui ^uand il n'aura plus rien. Encor deux ou trois mois, sa ruine est complète. Voudriez-vous laisser la chose à demi faite ?
JULIE
Hélas !
FINETTE
Vous soupirez ?
JULIE
Eh! n'ai-jepas raison?
Tu sais que Cléon m'aime, et que j'aime Cléon : Mais, à le corriger en vain je me fatigue ; Je ne puis mettre un frein à son humeur prodigue.
FINETTE. [ment?
Puis-je sans vous fâcher vous parler franche- Gléon vous aime peu ; vous Taimez faiblement. Si pour lui vous aviez une ardeur bien sincère, S'il était animé du désir de vous plaire, Pourriez-vous accepter ses prodigalités^ Et lui, vous ferait-ii cent infidélités ? Loin de le corriger, vous briguez ses largesses. Gléon fait chaque jour de nouvelles maîtresses. Vous ruinez sa bourse; il promène ses vœux. Et vous ne travaillez qu'à vous tromper tous deux.
JULIE
Quelque jour tu verras si ma tendresse est feinte. Je permets, il est vrai, sans faire aucune plainte, Que de nouveaux objets il paraisse charmé ; Mais je sens que mon cœur n'en est point alarmé. C'est par vanité pure, et non par inconstance. Que dléon me trahit souvent en apparence ; Et pourvu qu'une intrigue ait beaucoup éclaté, 11 n'y recherche point d'autre félicité.
FINETTE
Mais de sa vanité sa bourse est la victime; Et c'est par là surtout que votre amant s'abîme.
JULIE
J'arrêterai le cours de ce dérèglement.
FINETTE
Vous?
JULIE. [ment.
Oui ; mais ce n'est pas l'ouvrage d'un mo- Je ne puis le guérir de son erreur extrême. Qu'en le livrant encore quelque temps à lui-même.
Du moins commencez donc par n'en rien recevoir!
JULIE
Au contraire, je veux employer mon pouvoir Pour m'attirer encore des dons plus magnifiques.
FINETTE
Voilà d'un tendre amour des preuves héroïques! C'est l'amour à la mode ! Avouez-moi, tout net. Que ruiner Cléon est votre unique objet? D'un si noble dessein faites-moi confidente ; Car pour vous seconder j'ai la main excellente.
JULIE
J'accepte ton secours. Oui, mon intention