‹ Théatre choisiChapitre 406 sur 471 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

JULIE, FINETTE

JULIE

Eh bien ! qu'a dit Cléon du dessein de mon père?

FINETTE

Je n'ai pu lui parler ; une importante affaire L'empêche de donner audience aujourd'hui.

JULIE

Mon père me désole, et veut rompre avec lui, Voyant qu'à nos avis il ne veut pas se rendre.

FINETTE

Votre père a raison; mais il devrait attendre. Cléon n'a pas encore dissipé tout son bien. Nous romprons avec lui ^uand il n'aura plus rien. Encor deux ou trois mois, sa ruine est complète. Voudriez-vous laisser la chose à demi faite ?

JULIE

Hélas !

FINETTE

Vous soupirez ?

JULIE

Eh! n'ai-jepas raison?

Tu sais que Cléon m'aime, et que j'aime Cléon : Mais, à le corriger en vain je me fatigue ; Je ne puis mettre un frein à son humeur prodigue.

FINETTE. [ment?

Puis-je sans vous fâcher vous parler franche- Gléon vous aime peu ; vous Taimez faiblement. Si pour lui vous aviez une ardeur bien sincère, S'il était animé du désir de vous plaire, Pourriez-vous accepter ses prodigalités^ Et lui, vous ferait-ii cent infidélités ? Loin de le corriger, vous briguez ses largesses. Gléon fait chaque jour de nouvelles maîtresses. Vous ruinez sa bourse; il promène ses vœux. Et vous ne travaillez qu'à vous tromper tous deux.

JULIE

Quelque jour tu verras si ma tendresse est feinte. Je permets, il est vrai, sans faire aucune plainte, Que de nouveaux objets il paraisse charmé ; Mais je sens que mon cœur n'en est point alarmé. C'est par vanité pure, et non par inconstance. Que dléon me trahit souvent en apparence ; Et pourvu qu'une intrigue ait beaucoup éclaté, 11 n'y recherche point d'autre félicité.

FINETTE

Mais de sa vanité sa bourse est la victime; Et c'est par là surtout que votre amant s'abîme.

JULIE

J'arrêterai le cours de ce dérèglement.

FINETTE

Vous?

JULIE. [ment.

Oui ; mais ce n'est pas l'ouvrage d'un mo- Je ne puis le guérir de son erreur extrême. Qu'en le livrant encore quelque temps à lui-même.

Du moins commencez donc par n'en rien recevoir!

JULIE

Au contraire, je veux employer mon pouvoir Pour m'attirer encore des dons plus magnifiques.

FINETTE

Voilà d'un tendre amour des preuves héroïques! C'est l'amour à la mode ! Avouez-moi, tout net. Que ruiner Cléon est votre unique objet? D'un si noble dessein faites-moi confidente ; Car pour vous seconder j'ai la main excellente.

JULIE

J'accepte ton secours. Oui, mon intention

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