CLÉON, LE COMTE, LE BARON
LE BARON, bas, en les contemplant du fond du théâtre.
0 la belle alliance,
[Haut.]
D'un flatteur et d'un fou! Serviteur, serviteur.
CLÉON, en souriant.
Qu'avez-vous ? Vous voilà d'assez mauvaise hu- Ce me semble ? [meur,
LE BARON, brusquement.
Oui, morbleu !
4 88 LE DISSIPATEUB.
CLÉON
Pourquoi ce ton sévère ?
J'étais intime ami de défunt voire père.
CLÉON
Je sais cela. Passons.
LE BARON
Je puis môme ajouter Qu'il connaissait mon rang, savait le respecter ; ^^^
Que loin de se piquer d'une haute naissance, 11 mettait entre nous beaucoup de différence ; Et que, reconnaissant de mes égards pour lui, 11 iren abusait pas, comme vous, aujourd'hui.
CLÉON
Ah ! Vous voulez prêcher, et me faire comprendre Que vous m'honorez trop en me prenant pour
LE BARON. [gendre?
Si je vous le disais... je ne mentirais point. Mais il ne s'agit pas à présent de ce noint : Je viens me plaindre à vous de vos foÛes dépenses. Quoi ! je serai témoin de tant d'extravagances, Et je les souffrirai!
CLÉON, d'uaton méprisant.
Mais, monsieur le Baron, Vous le prenez ici sur un fort plaisant ton...
LE BARON, en furie.
Mon ton n'est point plaisant.
CLÉON, au Comte, en riant.
C'est celui de mon père :
Je crois l'entendre encore.
Il avait bien affaire De suer, de veiller, d'entasser pour un fils Qui prodigue des biens si durement acquis 1
CLÉON, riant encore plus fort, et le Comte aussi.
Voilà comme il parlait. Ma foi, je vous admire; Si mon père vivait, il ne pourrait mieux dire ; Mais le pauvre bonhomme était très ennuyeux. Asseyez-vous, Baron, vous prêcherez bien mieux .
LE BARON, s'àsspyant brusquement.
Ah ! parbleu, volontiers. Ouvrez bien vos oreilles.
CLÉON et le Comte s'asseyent aussi vis-à-vis du Baron.
Asseyons-nous aussi, nous entendrons merveilles.