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ACTE I, SCÈNE YI

[D'un ton ironique.] [Au Comte^ en riant.]

Hé bien, vous dites donc?... Ne Tinterrompons

LE BARON. [point.

Que TOUS êtes un fou ; voilà mon premier point.

CLÉON

[Au Comte.]

Continuez, bonhomme, il radote, le sire.

LE BARON

Et voici mon second : Votre folie attire Chez vous mille flatteurs qui mangent votre bien, Et vous planteront là quand vous n'aurez plus rien ; Us vous vendent bien cher de basses flatteries, Tandis qu'ils font de vous cent fades railleries.

LE COMTE, au Baron.

Et qui sont ces flatteurs ?

LE BARON

Qui? Vous, tout le premier.

LE COMTE

Je pardonne à votre âge; autrement. ..

LE BARON

Sans quartier, Je dis la vérité ; c'est ce qui vous étonne : Maisje suis homme encore àne craindre personne.

LE COMTE, en souriant.

Avec des cheveux blancs on peut bien risquer tout.

CLÉ ON, au Baron.

Votre discours est long. Quand serez-vous aubout?

LE BARON

M'y voici.

CLÉON

Je respire.

LE BARON

En faveur de Julie, Changerez-vous, ou non, votre genre de vie? Songez qu'à votre perte il vous mène à grand pas.

CLÉON

Non, monsieur le Baron, je ne changerai pas : Je n'ai que trop souffert de l'indigne avarice D'un père qui faisait son bonheur de ce vice : Entassant, jour et nuit, un bien prodigieux. Il me laissait languir dans un état honteux. Je n'avais point d'argent, de valets, d'équipage ; J'étais contraint de fuir tous les gens démon âge. 11 est mort. Grâce au ciel, tout son bien est à moi ;

En faire un noble usage, est mon unique loi. 11 haïssait Téclat, et la magnificence Est mon plus grand plaisir. Il fuyait la dépense, Je la cherche, et me fais estimer et chérir Autant qu'il se faisait mépriser et haïr.

LE BARON

Oh I la belle leçon pour la plupart des pères I Ils se privent souvent des choses nécessaires, Pour qui? Pour des ingrats, pour des extravagants, Qui défont, en un an, l'ouvrage de trente ans,

CLÉON

Mais vous qui prétendez faire ici le capable, Le marquis votre fils est-il plus raisonnable?

LE BARON

Il a fait comme vous, et n*est plus qu'un escroc ;

Et vous le deviendrez, quand, par un juste choc,

La fortune en courroux vous jettera par terre.

Si j'ai fait à mon fils une inutile guerre,

11 en est bien puni. Le voilà ruiné.

Et par son père même il est abandonné.

L'exemple est fait pour vous, tâchez d'en faire usage.

G LÉON, prenant du tabac.

Eh bien! dans quarante ans,jedeviendraiplus sage.

LE BARON, se levant brusquement, [poiot!

Dans quarante ans? Bonjour. Voici mon dernier Vous recherchez ma fille, el vous ne l'aurez point.

CLÉON, en riant»

Dépend- elle de vous? Songez- vous qu^elle est veuve» Maîtresse de son sort?

LE .BARON

Ah 1 vous ferez l'épreuve Que j'en suis maître encor. Je vous donne nuit jours; Et si, dans ce temps-là, prenant un autre cours, Vous ne chassez d ici tout ce train qui vouspilie» Je quitte la maison, et j'emmène ma fille; Elle m'obéira, n'en doutez nullement.

Adieu. J'ai parlé net, songez-y mûrement*

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