‹ Théatre choisiChapitre 416 sur 471 · CLÉON, LE MARQUIS, LE COMTE · texte numérisé non relu

CLÉON, LE MARQUIS, LE COMTE

LE MARQUIS accourt et embrasse Cléon.

Bonjour, mon cher Cléon.

CLÉON

Bonjour,mon cher marquis; Te voilà bien brillant?

LE MARQUIS

Tu vois. A ton avis.

Penses-tu qu'à mon âge, avec cette figure. Cette taille, ces traits, cet air, cette encolure. On n'ait pas des secourstoujours prêts au besoin? Me montrer, m'étaler, est mon unigue soin; L'amour fait tout le reste : me nourrit, m'habille. Me fournit de l'argent : c'est par lui que je brille A la cour, à la ville, aux spectacles, au cours. Riche sans aucun fonds, je passe d'heureux jours. Va, mon cher, on a tout, quand on a du mérite !

CLÉON, en riant.

Le tien rend à merveille, et je t'en félicite.

LE MARQUIS

Je suis sec, abîmé, ruiné ; mais, parbleu ! J'ai deux bons appuis.

CLÉON

Quels?

LE MARQUIS

Les femmes et le jeu.

Depuis que je suis gueux, je vis dans l'abondance. Si, comme toi, j'étais au sein de Fopulence, Je me délivrerais d*un si sot embarras. Ruine-toi donc vite, et tu m'imiteras.

Que me donneras-tu pour la bonne nouvelle Que je t'apporte ici?

CLÉON

Nous verrons. Quelle est-elle ?

LE MARQUIS

Tu vas être charmé.

CLÉON

De quoi donc ? Dis-le moi.

LE MARQUIS

Premièrement... je viens m'enivrer avec toi ; De plus, j'amène ici nombreuse compagnie, Mais moins nombreuse encor que finement choisie :

[au Comte]

Voire cousine en est.

LE COMTE

Cidalise?

LK MARQUIS

Oui, parbleu !

C'est un friand morceau. Quel enjouement! Quel J'en suis fou. [feu!

LE COMTE, à Géon.

Je le crois. Je vous réponds d'avance Que vous serez ravi de cette connaissance.

CLÉON

Je la connais. Ce senties plus piquants attraits.

LE MARQUIS

Son esprit est encor plus brillant que ses traits. Du reste, cher ami, chacun de nous se flatte De faire ici grand'chère, et chère délicate. Prends donc soin d'ordonner un.somptueux repas ; Que le vin de Champagne, au moins, n'y manque

[pas!

Du mousseux! J'aime à voir dans un verre quibrille Un vin qui porte au nez un bouquet qui pétille. Mais, qu'as-tu mon enfant ? Tu parais inquiet?

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