CLÉON, LE MARQUIS, LE COMTE
LE MARQUIS accourt et embrasse Cléon.
Bonjour, mon cher Cléon.
CLÉON
Bonjour,mon cher marquis; Te voilà bien brillant?
LE MARQUIS
Tu vois. A ton avis.
Penses-tu qu'à mon âge, avec cette figure. Cette taille, ces traits, cet air, cette encolure. On n'ait pas des secourstoujours prêts au besoin? Me montrer, m'étaler, est mon unigue soin; L'amour fait tout le reste : me nourrit, m'habille. Me fournit de l'argent : c'est par lui que je brille A la cour, à la ville, aux spectacles, au cours. Riche sans aucun fonds, je passe d'heureux jours. Va, mon cher, on a tout, quand on a du mérite !
CLÉON, en riant.
Le tien rend à merveille, et je t'en félicite.
LE MARQUIS
Je suis sec, abîmé, ruiné ; mais, parbleu ! J'ai deux bons appuis.
CLÉON
Quels?
LE MARQUIS
Les femmes et le jeu.
Depuis que je suis gueux, je vis dans l'abondance. Si, comme toi, j'étais au sein de Fopulence, Je me délivrerais d*un si sot embarras. Ruine-toi donc vite, et tu m'imiteras.
Que me donneras-tu pour la bonne nouvelle Que je t'apporte ici?
CLÉON
Nous verrons. Quelle est-elle ?
LE MARQUIS
Tu vas être charmé.
CLÉON
De quoi donc ? Dis-le moi.
LE MARQUIS
Premièrement... je viens m'enivrer avec toi ; De plus, j'amène ici nombreuse compagnie, Mais moins nombreuse encor que finement choisie :
[au Comte]
Voire cousine en est.
LE COMTE
Cidalise?
LK MARQUIS
Oui, parbleu !
C'est un friand morceau. Quel enjouement! Quel J'en suis fou. [feu!
LE COMTE, à Géon.
Je le crois. Je vous réponds d'avance Que vous serez ravi de cette connaissance.
CLÉON
Je la connais. Ce senties plus piquants attraits.
LE MARQUIS
Son esprit est encor plus brillant que ses traits. Du reste, cher ami, chacun de nous se flatte De faire ici grand'chère, et chère délicate. Prends donc soin d'ordonner un.somptueux repas ; Que le vin de Champagne, au moins, n'y manque
[pas!
Du mousseux! J'aime à voir dans un verre quibrille Un vin qui porte au nez un bouquet qui pétille. Mais, qu'as-tu mon enfant ? Tu parais inquiet?