ACTE II, SCÈNE II
CLÉON, arrêtant Julie.
Je VOUS promets qu'un jour. . .
FINETTE, poussant Julie.
Promettez, promettez; mais adieu, sans retour.
CLÉ ON, à Julie.
Voulez-vous que je meure?
FINETTE, entraînant Julie.
A vous permis.
CLÉ ON, la retenant.
Madame...
FINETTE, à Julie qui s'arrête*
Fuyez. Il vous séduit.
CLÉON
Un moment.
FINETTE, voyant qu'elle regarde Cléon .
Quelle femme !
JULIE, à Qéon.
Voulez- vous mériter et mon cœur et ma foi ?
CLÉON
Si je le veux !
JULIE
Ëh bien ! vivez seul avec moi ; Allons à votre terre. Un séjour si tranquille Vous dédommagera des plaisirs de la ville. Si le don de ma main, si mon fidèle amour...
FINETTE
Votre terre est, dit-on, un si charmant séjour! C'est un château superbe, un parc d'une étendue Surprenante, des eaux, et la plus belle vue I Bref, c'est une merveille, outre les revenus Qui vont, bon an, mal an, à dix bons mille écus. Oui, oui, si vous voulez que nous allions y vivre, Nous vous épouserons, et nous allons vous suivre.
Mais partons dès demain.
FINETTE
Soit.
JULIE
Vous ne dites mot?
CLÉON, à part.
Dorante m'a trahi ; je suis pris comme un sot.
JULIE, d'un air piqué.
Vous avez bonne grâce à garder le silence, Au lieu de me marquer votre reconnaissance.
FINETTE, à Julie.
Il me vient un soupçon ; le dirai-je tout haut?
JULIE
Parle.
FliNETTE.
Sur mon honneur, la terre a fait le «aul ; Et cette maison- ci sera bientôt vendue ; Ainsi, mariez-vous, pour coucher dans la rue !
JULIE, à Cléon.
Insensé !
CLÉON
Je vois bien que Dorante me perd, Et le traître qu'il est vous a tout découvert?
Oui, cruel, je sais tout ; et je vais à mon père Découvrir au plus tôt cet odieux mystère.
CLÉON, l'arrêtant.
Ah I s'il en est instruit, il vous emmènera, Et mon oncle, à coup sûr, me déshéritera.
FINETTE, à Cléon.
Mais comment voulez- vous qu'une femme se taise? Quand je garde un secret,j'ailes pieds sur la braise !
JULIE, à aéon.
Puis-je me dispenser de lui faire savoir?...
CLÉON
Si vous me décelez, craignez mon désespoir !
FINETTE, à aéon.
Que ferez-vous?
CLÉON, mettant la main sur la garde de son épée<
Je veux me percer à sa vue.
FINETTE
Vous ? Vous n'en ferez rien .
CLÉON
Que la foudre me tue, Si mon bras à l'instant ne termine mon sort. Je remplirai vos vœux, si vous voulez ma mort.
FINETTE, se mettant entre eux.
Doucement. Nous pouvons ajuster cette affaire. Je ne vois qu'un moyen qui nous force à nous taire. Combien pour cette terre avez-vous eu d'argent?
CLÉON
Deux cent mille écus.
FINETTE, à Cléon.
Bon. Est-ce en argent comptant?