ACTE II, SCÈNE VI
Qu'elle veut me tromper.
LE COMTE
Sur quoi le croyez-vous ?
CLÉON
Je Taccable de biens, et rien ne la contente.
LE COMTE, après avoir un peu rêvé.
Écoutez donc, la chose est assez apparente : On veut vous ruiner, et puis vous planter là. L'insulte du baron me fait croire cela. [mure; Que voulez-vous, souvent je vous plains, je mur- Mais je n'ose parler.
CLÉON
Parlez, je vous conjure :
Je vous croirai peut-être, et je romprai tout net.
LE COMTE
Pouvez-vous différer un si sage projet !
CLÉON. [blesse.
Oui, je me crains moi-môme, et connais ma fai- Je romps toujours mes fers, et j'y rentre sans cesse.
LE COMTE
Si vous voulez me croire, il est un moyen sûr Pour les rompre à jamais....
CLÉON
Ah! qu'il me sera dur De perdre tout le fruit de tant de dons immenses ! Mais je veux me punir de mes extravagances. De ma crédulité, de mon aveuglement.
En quittant un objet aimé trop tendrement. Appuyez mon dépit, et prêtez- moi votre aide.
LE COMTE
Cidalise pour vous est le plus sûr remède : Aimez-la.
CLÉON
Je m'y sens vivement disposé.
J'ai voulu lui parler, et ne l'ai pas osé.
LE COMTE
Parlez-lui. Cidalise est d'une humeur charmante, Très désintéressée et ma proche parente. Elle ne dépend plus que de son vieux tuteur Dont je puis disposer.
CLÉON
Que n'ai-je sur mon cœur Un empire absolu !
Destouches. 29
LE COMTE
Plus il VOUS tyrannise, Moins il faut lui céder. Ah ! voici Cîdalise. Voyez si son abord est sombre et sérieux.
CLÉON
Tout me paraît en elle aimable et gracieux.