‹ Théatre choisiChapitre 439 sur 471 · GÉRONTE, CLÉON, PASQUIN, FINETTE · texte numérisé non relu

GÉRONTE, CLÉON, PASQUIN, FINETTE

CLÉONy accouraut les bras ouverts.

Je revois mon cher oncle! Ah, quel ravissement !

GÉRONTE. [charme :

Venez, embrassez-moi; ce que j'apprends me Grâce au ciel, me voilà hors de crainte et d'alarme. Vous n'ôtes plus le même, à ce que l'on me dit? Quel heureux changement !

CLÉON, d'un air sérieux.

J'ai bien fait mon profit De vos sages discours, de vos lettres prudentes.

Oh! oui.

CLÉON

Des jeunes gens les passions ardentes Les entraînent souvent dans des égarements ; Mais pour les bons esprits, il est de bons moments. Après beaucoup d'efforts, j'ai réformé ma vie. Vous imiter, vous plaire est toute mon envie. J'ai pris le bon chemin, et j'y veux demeurer.

FINETTE, à Géronte.

Vous voyez ?

PASQUIN, à Géronte.

Gomme vous cela me fait pleurer.

N'ôtes-vous pas touché d'une telle réforme?

GÉRONTE, à CJéon.

Oui ; mais pendant la nuit la santé veut qu'on On s'échauffe à veiller. [dorme :

CLÉON

Oh I je ne veille plus.

GÉRONTE

On m'assure, pourtant...

CLÉON

C'est un mensonge !

PASQUIN

Abus, De prétendre cacher la mauvaise habitude Que vous avez.

De quoi?

PÂSQUIN, lui faisant des signes.

De donner à Tétude Toutes les nuits, au lieu de les passer au lit. Monsieur sait votre train, et nous avons tout dit.

CLÉ ON, à Géronte.

11 faut vous l'avouer, jour et nuit j'étudie.

GÉRONTE

Je ne m'étonne plus de votre maladie.

CLÉ ON, surpris.

Je ne suis point malade et ne l'ai point été.

FINETTE

Quoi ? les veilles n'ont pas troublé votre santé? Vous n'avez pas senti de certaines atteintes?...

PASQUIN

Et que diable. Monsieur, mettons bas toutes feintes ! Oserez- vous nier que l'application ?...

CLÉ ON, embarrassé.

Il est vrai, j'ai senti... quelque altération... Par l'excès du travail, et n'osais vous le dire, De peur de vous fâcher; mais...

PASQUIN

Moi, pour un empire,

[a Géronte.]

Je ne mentirais pas. Avec tous ces efforts, Mon maître se ruine et l'esprit et le corps.

GÉRONTE, en colère.

Je ne veux point cela.

CLKON.

Mon oncle, la science A des attraits si vifs !

GÉRONTE

J*ai fait l'expérience, Mon neveu, qu'un docteur est souvent un grand L'étude appesantit, et n'est point votre lot. [sot. On peut, par-ci, par-là, vaquer à la lecture, Mais c'est folie à vous de forcer la nature. A gouverner vos biens, soyez très diligent ; Mangez peu, dormez bien, et comptez votre argent. Quand vous vous ennuyez.

CLÉON

J'en fais tous mes délices.

GÉRONTE

Plus on aime l'argent, et moins on a de vices.

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