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ACTE m, SCÈNE V

Le soin d'en amasser occupe tout le cœur, Et quiconque s'y livre, y trouve son bonheur. Un ami qu'on implore, ou refuse ou chancelle : / L'argent est un ami toujours prompt et fidèle. ( Le plaisir d'entasser vaut seul tous les plaisirs. Dès qu'on sait quel'on peut remplir tous ses désirs, Qu'on en a les moyens, notre âme est satisfaite. De tout ce que je vois je puis faire l'emplette, Et cela me sufût. J'admire un beau château; Il ne tiendrait qu'à moi d'en avoir un plus beau, Me dis-je. J'aperçois une femme charmante ; Je l'aurai si je veux, et cela me contente; Enfin, ce que le monde a de plus spécieux, Mon coffre le renferme, et je l'ai sous mes yeux, Sous ma main, et par là, l'avarice qu'on blâme Est le plaisir des sens, et le charme de l'âme.

CLÉON

Que c'est bien dit, mon oncle ! Aussi mon plus Est de thésauriser. [grand soin

PASQUIN

J'en suis un bon témoin.

C'est un charme de voir comme mon maître

CLÉON. [amasse.

J'ai beaucoup dépensé ; mais à la fin tout lasse. Je n'ai plus de plaisir qu'à compter de l'argent.

FINETTE

Et qu'aie dépenser... comme un homme prudent.

GÉRONTE

Fort bien.

CLÉON

Je ne veux plus manger mon bien en herbe.

GÉRONTE

Vous portez là pourtant un habit bien superbe :

J'achève de l'user, au lieu de le donner.

GÉRONTE

Bon! Quand il sera vieux, faites-le retourner; Puis il vous durera cinq ou six ans encore.

CLÉON, lui faisant la révérence.

Je n'y manquerai pas.

GÉRONTE

Le faste...

CLÉON

Je l'abhorre.

o2 4 LE DISSIPATEUR.

GÉRONTE

£st toujours ruineux.

CLÉON

Sans doule.

GÉRONTE

Voyez-moi, Je porte cet habit depuis dix ans, je crois, Et je veux le porter encor plus de dix autres.

PASQUIN, à part.

Dieu nous en garde !

GÉRONTE

Quoi?

Je lui dis que les noires Sont riches à l'excès, et qu'il faut nous garder Désormais de ce luxe. Ah I qu'on va brocarder Sur notre économie!

FINETTE

Et qu'importe qu'on raille?

Accumulez toujours.

GÉRONTE

C'est bien dit. La canaille, Quand je passe, m'insulte et me sifQe souvent. J'entre, j'ouvre mon coffre, et puis mon cher argent Me console. J'en ai de quoi remplir deux pipes. Outre cet argent-là, mes meubles et mes nippes, J'ai de revenu clair trois cent bons mille francs, Et n'en dépense pas trois mille tous les ans. Aussi, mon tas s accroît ! Il se renfle !

PASQUIN

Le nôtre Ne se renfle pas tant; mais nous visons au vôtre. Et nous y parviendrons.

FINETTE

Dans peu je vous réponds Que votre cher neveu sera si bien en fonds, Qu'il ne comptera plus.

CLÉ ON, à Géronte.

Oui, toute mon envie Est d'atteindre à vos biens.

GÉRONTE

Que j'ai l'âme ravie De voir qu'il tienne enfin de son père et de moi ! Continuez, mon cher, vous irez loin.

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