SCÈNE III
GLÉON, JULIlil.
CLÉON
Par un ton si nouveau je suis déconcerté.
JULIE
Eh, quoi ! vous fâchez-vous de votre liberté?
CLÉON
Cette liberté-là me paraît bien suspecte.
JULIE
Vous voyez qu'à la fin votre oncle vous respecte?
^ CLÉON
Ltes-vous de concert pour vous moquer de moi ?
JULIE
Non, Cléon, je vous parle ici de bonne foi. Votre oncle vous blâmait, il reconnaît sa faute. Vous aviez un tyran, et c'est moi qui vous l'ôte : J'ai corrigé son ton. Sans aigreur, sans courroux. Votre oncle va vous voir vous livrer à vos goûts : Je l'en ai tant prié, qu'à la fin, il m'a crue. Moi-même, qui sur vous voulais être absolue, Je suivrai son exemple ; et mon cœur désormais Veut se montrer, par là, sensible à vos bienfaits. Le dernier, que de vous j'ai reçu par le Comte, M'a servi de leçon. Je confesse, à ma honte. Que si mes procédés vous avaient offensé, Mon zèle peu discret est bien récompensé. Je vous ai rebuté par mon humeur austère : Quand vous vous en vengez, c'est à moi de me De votre volonté je me fais une loi, [taire.
Et vous ne recevrez nul reproche de moi.
I)bstou(;hi:s. 3 1
CLÉ ON, embarrassé.
Cet excès de bonté...
JULIE
L'inconstance est permise Lorsqu'elle est bien fondée. Après tout, Cidalise Vous convient mieux que moi, je le dois avouer ; Et d'un choix si prudent chacun va vous louer. Car, que suis-je auprès d'elle? Une importune
[amie Qui vous proche sans cesse, et dont l'économie, Si d'éternels liens nous unissaient tous deux, Serait à votre humeur un frein trop ennuyeux. Voulez-vous vous lier? Cherchez qui vous res-
[semble :
C'est l'unique moyen de vivre deux ensemble. Et de... Vous rougissez ? Je ne dis pourtant rien Qui vous doive oflenser.
Non ; mais je sens fort bien Que vous êtes piquée, et que mon inconstance. . .
JULIE
Je la vois, je vous jure, avec indifférence.
CLÉOX.
Avec indifférence ?
Oui.
CLÉON
J'en doute bien fort.
JULIE
V ous en doutez ?
r.LÉON.
Je crois que je n'ai pas grand tort, Et j'en suis bien fâché.
JULIE
Détrompez-vous, de grâce.
Quoi 1 lorsque vous changez, j'aurais l'âme assez
CLÉON. [basse?...
Mais, au fond, vous m'aimiez?
Eh! mais, oui, je le croi.
CLÉON
Et vous aviez de môme un ascendant sur moi, Dont je sens que j'ai peine à me rendre le maître.