‹ Théatre choisiChapitre 457 sur 471 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Et par cent traits malins Tont vivement piauée. Plus elle était tranquille, et plus on la raillait. Mais, sans rien répliquer, comme Gléon taillait, Elle s'en est vengée en tentant la fortune. L'inconstant, qui trouvait sa présence importune, Et voulait s'en défaire en la poussant à bout. L'excitait à risquer, offrant de tenir tout : « Eh bien, a dit Madame^ il faut vous satisfaire: » Ruinez-moi, Monsieur, si cela peut vous plaire. » Je mets mille louis sur ces trois cartes-là. » Elle gagne d'abord. Très piqué de cela, Gléon, pour réparer une perte si dure, Lui fait autre défi : toujours môme aventure. Jusqu'au trente et leva leur fureur les conduit. Plus Gléon risque et tient, plus le malheur le suit. D'un sang-froid merveilleux, ma prudente maîtresse, Pour le mettre au néant, épuise son adresse. Enfin, elle a gagné tout ce qu'elle a risqué. Et jusqu'à quatre fois elle l'a débanqué.

LE BARON

La fortune aujourd'hui paraît bien équitable !

FINETTE

Gléon jure, il fulmine, il renverse la table ; Et jetant sur Julie un regard furieux : « Barbare, lui dit-il, ôtez-vous de mes yeux ! » Elle, sans s'émouvoir, fait emporter sa proie, Et la suit sans marquer ni tristesse ni joie. A peine sommes-nous dans votre appartement, Que l'on vient la prier avec empressement. De la part de Gléon, d'excuser sa furie Et de rentrer chez lui. Ma maîtresse attendrie Ne sait quel parti prendre, et balance longtemps. Un messager pressant vient d'instant en instant ; Elle rejoint Gléon, le calme, le console. « Madame, lui dit-il, je vous donne parole » Que quand sur moi le sort épuiserait ses coups, » J'expirerai plutôt que de m'en prendre à vous : » Mon respect en répond, l'honneur me le com-

[mande ; » Mais je veux ma revanche, et je vous la demande. »>

LE BARON

Giel !

FINETTE

Pour s'expédier, il lui propose un jeu

oU LE DlSSlPATia^n.

Dont l'inventeur, je crois, mériterait le feu.

LE BARON

De quel jeu parles-tu ?

FINETTE

C'est au trente et quarante Que Cléon a trouvé la fortune constante A le faire périr. Argent, billets, contrats, Meubles, carrosse, hôtel, tout a passé le pas Devant trente témoins consternés de sa perle. Et tous prêts à laisser cette maison déserte. Où, pour plumer leur dupe, ils n'ont plus nul

[moyen ; Car tout est à Madame, et Cléon n'a plus rien.

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