ACTE V, SCÈNE XIÎI
LE COMTE, É
Modérez, croyez-moi, cette douleur profonde. \ Ce qui se passe ici n'est que le train du monde ^\ Vous vous êtes trompé jusqu'à ce triste jour, j *. En vous imaginant qu'on vous faisait la cour. ^ \ Ce n'était point à vous, c'était à vos richesses, ti '■ On voulait partager vos plaisirs, vos largesses ; ' On trouvait tout chez vous, on n'y trouve plus rien , . Et l'on perd ses amis en perdant tout son bien, i Le monde est fait ainsi, j'en ai l'expérience. f
Suivez donc le torrent, et prenez patience.
CLÉON
Etiez-vous donc aussi de ces amis trompeurs ?
LE COMTE
Moi? j'étais comme un autre au rang de vos
[flatteurs.
Mais vous n'en aurez plus. Grâce à votre misère, Chacun à votre égard va devenir sincère.
CLÉON
Eh ! quoi, m'attendiez-vous à cette extrémité. Pour m'oser librement dire la vérité ?
LE COMTE
On ne se fait aimer que par les complaisances. Mais ne vous plaignez i)lus des fausses apparences. Si ce qu'on dit est vrai, je ne suis pas un sot : On m'a berné pourtant comme un franc idiot. Les plus fins sont trompés ; et celte indigne veuve Qui vous a tout ravi, m'en fait faire l'épreuve.
CLÉON
Comment?
LE COMTE
Je l'adorais. Sur un espoir flatteur, J'ai lâche, par vos dons, de m'acquérir son cœur. Je les sollicitais de concert avec elle : Mais ils ne m'ont acquis qu'une haine mortelle ; Et l'indignation, les rebuts, les mépris. Des efforts que j'ai faits viennent d'être le prix. Je vous en fais l'aveu, pour vous faire connaître Que le cœur le plus faux, le plus dur, le plus Le plus intéressé que le ciel ait formé, [traître, Est celui de l'objet dont vous étiez charmé. L'ardeur de s'enrichir est tout ce qui l'occupe, Et j'ai la rage au cœur de me trouver sa dupe. Êtes-vous donc surpris si vous l'avez été.
Comme de vos amis ? Tout n'est que fausseté. Qui croit s'en garantir, grossièrement s'abuse ; Elle règne partout, et voilà mon excuse. Adieu.
SCÈiNE XIV
CLÉOiN, seul.
Je ne dis rien, car je suis confondu.