SCÈNE XI
ORONTE
Les voici.
PASQUIN
Grand merci, monsieur. Je vous donne le bonjour.
ORONTE
Tu t*en vas ?
PASQUIN
Oui vraiment. N'ai-je pas choisi?
ORONTE
Et m'as-lu dis ce que je voulais savoir?
PASQUIN
Quoi, monsieur?
ORONTE
Où avez-vous passé toute la semaine? Je sais que ce n'est point au château de CUtandre. Sa tante, la comtesse de laTruffardière, en arrive; elle y a demeuré pendant quinze jours, et elle vient de me dire que mon fils n*y avait point paru.
PASQUIN
Elle n'oserait soutenir cela devant moi.-
C'est ce qu'il faut voir, elle est encore ici.
PASQUIN
Oh ! puisqu'elle est encore ici, je n'ai rien à dire. Je n'irai pas démentir en face une personne de sa condition.
ORONTE
Tu veux me faire prendre le change, mais tu n'y réussiras pas. Je suis sur mes gardes. Allons, parlemoi naturellement.
PASQUIN
Oh! volontiers, c'est mon caractère, à moi, que de parler naturellement.
ORONTE
Le bon apôtre !
PASQUIN
Or donc, pour vous dire la vérité....
ORONTE
Le traître va mentir, mais compte que cela ne servira de rien ; je sais d'où vous venez.
PASQUIN
Si vous le Savez, pourquoi me le demandezvous?
Destouciies. 2
ORONTE
C*est que j'ai intérêt de savoir les choses de ta propre bouche.
PASQUIN
Eh ! Fi, monsieur, où est l'honneur? Où est la probité? Je veux de la bonne foi dans le commerce. Avouez- moi que vous ne savez rien, sinon, je ne dirai mot.
ORONTE
Tu ne diras mot? Je te rosserai.
PASQUIN
Ce seront des coups perdus. J'ai des épaules à répreuve de tout. Je suis de race de sergent, et jamais les coups de bâlon n'ont fait peur aux illustres de ma ramille.
ORONTE
Voilà un insigne maraud !
PASQUIN
C'est moi qui ai intérêt de vous faire avouer que vous ignorez pleinement où nous avons été.
ORONTE
Pourquoi?
PASQUIN
C'est que je suis sensible à l'honneur. Je veux pouvoir me vanter de vous avoir mis au fait, et d'avoir bien gagné votre argent.
ORONTE
Eh bien I je demeure d'accord que tout ce que je sais, c'est que vous ne venez point d'où vous dites.
Vous ne savez que cela?
ORONTE
Non, en vérité.
PASQUIN
Tant mieux. Je veux que la peste m'étouffe, si je vous en dis davantage.
ORONTE
Tu ne parleras pas?
PASQUIN
Voilà votre argent. Je suis en droit de me taire.
ORONTE, levant la canne.
Et moi, en droit de t'assommer.