SCÈNE XX
ORONTE, M. MICHAUT, ISABELLE, VALÈRE, NERINE, PASQUIN, JAVOTTE, JULIE, CLÉON
ET L'ÉPINE, masqués.
ORONTE
Laissons-la dire. C'est une femme qui parle. Nérine, allez chercher Julie. 11 faut faire les choses de bonne grâce, quand il n'y a pas moyen de s'en dispenser. Je vais lui dire moi-même que je la reconnais pour ma belle- fille.
JULIE^ se démasquant.
Me voici, Monsieur, souffrez que je reçoive ce titre précieux, et que je vous proteste que je ferai tout mon possible pour le mériter.
ORONTE
Ah! abl ma belle-fille était de la mascarade! Soyez la bienvenue, Madame. Il n'est pas nécessaire que je vous dise rien de plus, et vous avez entendu tous nos discours.
JULIE
Je suis pénétrée de vos bontés, Monsieur, et vous ne vous repentirez point....
VALÈRE
Quelles actions de grâces ne vous dois-je point, mon père I
ORONTE
Laissons là les compliments. Divertissons-nous pour célébrer ce mariage, et celui de ma fille avec M. Micbaut.
NÉRINE, à Isabelle.
Allons, à vous, Mademoiselle. 11 faut sauter le fossé.
ISABELLE
Puisque vous êtes en train de pardonner, mon père, et que vous avez tant d'indulgence pour mon frère et pour Julie, souffrez que je vous demande pour moi la même grâce.
ORONTK.
Comment donc ?
ISABELLE
Je n'aime point Monsieur. Ne me contraignez pas à l'épouser, si ma vie vous est chère. J'ai pensé la perdre dans une longue maladie, qui n'a été causée que par le refus que vous avez t'ait de me donner à Cléon. Mais, comptez que je vais mourir à vos genoux, si vous ne confirmez pas aussi notre mariage.
Si je ne confirme pas votre mariage! Est-ce que vous l'auriez aussi épousé secrètement?
C'est avec une extrême confusion que je vous l'avoue. Oui, mon père, Cléon est mon époux; il y a plus de six mois que je suis sa femme, et, ma tante, qui a bien voulu nous unir ensemble...
ORONTE
Mon oncle, ma tante ! Parbleu! je suis bien redevable à mon frère et à ma sœur, du soin qu'ils prennent de marier mes enfants 1 Voilà une affaire où il y a encore moins de remède qu'à l'autre, Monsieur Michaut, et je ne puis faire rompre ce mariage, sans déshonorer ma tille.